Publié le Vendredi 16 octobre 2026 à 15h00.

Kenya : un internationalisme concret

La lutte pour les droits des travailleurEs kényanEs de la multinationale française des services numériques s’organise de Nairobi à Paris.

Voici un bel exemple de lutte internationale. La CGT de la branche des télécommunications, en lien avec des associations kényanes, avec le soutien de juristes et en s’appuyant sur les travaux d’universitaires, a lancé une mise en demeure contre la société Téléperformance.

 

Le social à la ramasse

Bien que peu connue du grand public, la société Téléperformance, appartenant à la holding TP, est une multinationale française employant plus de 400 000 salariéEs à travers le monde. Au fil des acquisitions de nouvelles entreprises, TP s’est diversifiée, passant des centres d’appels dédiés à la gestion de la relation client à la gestion des visas ou encore à la modération sur les réseaux sociaux.

Le PDG perçoit un salaire fixe annuel de 2 625 000 dollars, auquel s’ajoute une part variable du même montant, tandis que la plupart des employéEs en France gagnent péniblement un peu plus que le SMIC. Enfin, comme l’indiquait Hadrien Clouet, député de La France insoumise (LFI), dans sa question à l’Assemblée nationale en 2024, les 340 interventions de l’inspection du travail depuis 2016, les 60 contrôles sur place visant à vérifier le respect de la réglementation du travail, les 150 lettres d’observation, la douzaine de rapports et les huit mises en demeure donnent une idée du climat social qui peut régner dans cette entreprise.

 

Des salariéEs en danger

On s’en doute, cette maltraitance sociale se retrouve partout où l’entreprise est implantée. Au Kenya, elle n’hésite pas à employer des migrantEs sans papiers, ce qui lui permet de maintenir une pression sur les salariéEs, d’autant que, dans ce pays, c’est à l’entreprise d’effectuer les démarches de régularisation auprès de l’administration.

Si les cotisations sociales sont prélevées sur les salaires, elles sont versées avec retard, voire pas du tout, mettant en difficulté les salariéEs et leurs familles, notamment lorsqu’il s’agit de se soigner. Toute voix dissonante est sanctionnée, surtout lorsqu’il s’agit de syndicalistes.

Enfin, les salariéEs chargéEs de la modération sur les réseaux sociaux sont soumisEs à un flux continu de contenus et doivent identifier, en quelques dizaines de secondes, la règle applicable pour décider de la suppression d’une publication. À cette pression s’ajoutent les effets traumatiques de l’exposition à des contenus extrêmement violents. L’accompagnement psychologique proposé par l’entreprise est loin d’être à la hauteur. Consulter le psychologue de l’entreprise prend du temps, au risque de ne pas atteindre les objectifs de productivité. De nombreuSEs salariéEs doutent par ailleurs de la confidentialité des entretiens. Le prix à payer par les salariéEs pour assurer un rendement de 6,35 % aux actionnaires.

 

Mobilisation internationale

En lien avec deux organisations kényanes, Data Labelers Association, qui soutient les data workers, les travailleurEs de la donnée, et The Oversight Lab, qui défend des droits humains dans le domaine des nouvelles technologies, la CGT a déposé une mise en demeure dans le cadre de la loi sur le devoir de vigilance de 2017.

L’entreprise, dont les bénéfices se sont élevés à 497 millions d’euros en 2025, dispose de trois mois pour prendre des mesures garantissant la protection des salariéEs ainsi que le respect de la législation en matière de permis de travail et de droits syndicaux. À défaut, le syndicat saisira les tribunaux compétents. Un exemple à suivre d’une réponse ouvrière à la politique de délocalisation des entreprises.