Publié le Jeudi 29 octobre 2026 à 12h00.

Le peuple se retourne contre Trump

La population des États-Unis s’est retournée contre Trump. Le Parti républicain semble désormais promis à une défaite aux élections de mi-mandat du 3 novembre, qui mettrait fin à sa mainmise sur le Congrès. Un spectaculaire revers provoqué par sa propre démesure.

 

Depuis deux ans, le Parti républicain contrôle la présidence, les deux chambres du Congrès, la Cour suprême et de nombreux gouvernements d’État. Trump semblait tout-puissant. 

 

Un retournement lié aux échecs de Trump

En janvier 2025, Trump bénéficiait de 47 % d’opinions favorables. Selon divers sondages, ce taux est tombé entre 31 % et 34 % : deux tiers des ÉtatsunienNEs le désapprouvent désormais. Plusieurs groupes, dont une partie de sa base, ont rompu avec lui : les jeunes électeurs masculins, les électeurEs latinos, les électeurEs des villes et les républicainEs des banlieues résidentielles, plus modéréEs et davantage issuEs des classes moyennes. Plusieurs figures de premier plan du mouvement Make America Great Again (MAGA), dont la députée Marjorie Taylor Greene et l’ancien présentateur de Fox News Tucker Carlson, ont aussi rompu publiquement avec Trump. MAGA est en plein désarroi.

La population s’est retournée contre Trump à cause de l’échec de ses politiques. Fin février 2026, il a engagé les États-Unis aux côtés d’Israël dans une guerre contre l’Iran, sans l’aval du Congrès, pourtant seul habilité à déclarer la guerre. La Chambre des représentants a voté plusieurs résolutions visant à limiter les pouvoirs de guerre du président, mais le Sénat ne les a pas adoptées. La guerre a entraîné le blocage du détroit d’Ormuz et une hausse du prix de l’essence. Selon plusieurs sondages, 65 % des ÉtatsunienNEs désapprouvent la conduite de la guerre par le président.

Les droits de douane de Trump sont aussi impopulaires : environ 63 % des AméricainEs y sont hostiles. Ils ont perturbé des secteurs de l’économie américaine et fait grimper les prix à la consommation.

 

Un usage du pouvoir qui inquiète

Trump s’est servi de la police de l’immigration, l’ICE, pour mener des rafles violentes et arrêter des immigréEs des classes populaires qui ont un emploi, une famille et des enfants scolarisés. Ces rafles ont causé la mort d’immigréEs comme de citoyenNEs étatsunienNEs. Aujourd’hui, seuls 33 % des ÉtatsunienNEs soutiennent l’ICE, contre 60 % qui la désapprouvent.

Par ailleurs, 83 % des ÉtatsunienNEs ont désapprouvé la grâce accordée par Trump aux personnes condamnées pour des actes violents lors de l’insurrection au Capitole et de la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021.

Enfin, selon des sondages récents, entre 60 % et 69 % des ÉtatsunienNEs se disent « très » ou « assez » préoccupéEs par « la corruption, l’usage du pouvoir à des fins personnelles ou les conflits d’intérêts » au sein de l’administration Trump. L’usage que Trump et sa famille font du pouvoir pour servir leurs intérêts privés a fini par devenir un scandale national. « La corruption du gouvernement préoccupe davantage les électeurEs que tout autre sujet, y compris les prix élevés de l’alimentation et de l’essence », selon la dernière enquête économique de CNBC.

On pourrait aussi citer d’autres motifs de rejet de Trump : sa politique fiscale favorable aux riches, ses licenciements de fonctionnaires fédéraux, ses travaux de reconstruction de la Maison-Blanche et le vulgaire ­« ­embellissement » de ses intérieurs.

 

Défendre le droit de vote

Face aux sombres perspectives électorales de son parti, Trump a pris des mesures extraordinaires et anticonstitutionnelles, puisque la Constitution confie l’organisation des élections aux États, et non au président. Le ministère de la Justice engage des poursuites contre les États et mène des descentes, des perquisitions et des arrestations, sous prétexte d’empêcher le vote de personnes sans citoyenneté américaine. Trump n’exclut pas non plus d’envoyer des agents de l’ICE ou des soldats dans les bureaux de vote.

S’il n’entrave pas les élections de mi-mandat, Trump pourrait bien les perdre. Mais, craignant une intervention de sa part, 7 à 9 millions de personnes ont participé la semaine dernière aux manifestations « No Kings » (« Pas de rois »). Elles sont prêtes à défendre les bureaux de vote et le droit de vote.