Publié le Mercredi 8 avril 2026 à 09h00.

Le ravage de l’agro-business en Afrique

Le bilan de la révolution verte en Afrique est négatif pour le monde paysan et pour l’environnement. En revanche, elle a favorisé l’implantation des multinationales sur le continent.

Cela fait vingt ans que Bill Gates, par le biais de sa fondation, a lancé sa révolution verte pour l’Afrique sous l’acronyme Alliance for a Green Revolution in Africa (AGRA). Il s’agissait, selon lui, de moderniser l’agriculture africaine, de lutter contre la famine et d’améliorer le niveau de vie des paysans.

Idéologie productiviste

L’idée de base est simple : pour lutter contre la faim, il faudrait accroître la productivité agricole. Alors que les famines sont d’abord provoquées par les guerres, qui désorganisent l’activité agricole, ou par une répartition ­inégale des denrées disponibles.

L’AGRA préconisait une agriculture intensive fondée sur les monocultures, l’achat de semences modifiées censées résister aux aléas climatiques, et l’utilisation massive d’intrants chimiques.

Les études menées aboutissent toutes à la même conclusion : les objectifs fixés sont loin d’être atteints. Les sols ont été dégradés, les familles rurales se sont appauvries à cause de rendements bien inférieurs aux prévisions, rendant impossible l’achat de nouvelles semences et d’engrais. Parallèlement, les cultures vivrières locales comme le mil et le sorgho — résistantes à la sécheresse et à haute valeur nutritive — ont régressé.

Comme l’a souligné l’évêque de Durban à propos des partisans de l’AGRA : « Ils se prétendent les sauveurs des affamés et des pauvres, mais ils ont lamentablement échoué dans leurs objectifs à cause de leur modèle d’industrialisation, qui dégrade les sols, détruit la biodiversité et privilégie le profit des entreprises au détriment des populations. C’est immoral, immoral et injuste. »

Étouffer d’autres options

Grâce à sa puissance financière, Bill Gates a aussi empêché nombre d’États africains d’emprunter une voie alternative : celle de l’agroécologie. Contrairement à l’idée largement répandue par les industries agroalimentaires, l’agroécologie n’est pas une régression vers l’agriculture du passé. Bien au contraire, elle combine les savoirs du monde paysan aux connaissances scientifiques modernes.
Ce type d’agriculture respecte l’environnement et offre une garantie de souveraineté alimentaire aux populations. Il favorise également l’amélioration des semences grâce à une sélection progressive échangée au sein de marchés informels. C’est sans doute cet aspect — l’autonomie des producteurs et la non-dépendance vis-à-vis du marché industriel — qui dérange le plus l’écosystème capitaliste de l’agriculture mondiale.

L’AGRA a commandité une étude d’évaluation menée par le cabinet de conseil Mathematica. Conformément aux autres analyses, celle-ci confirme la faiblesse des résultats obtenus. Mais elle souligne comme fait positif la pénétration du marché africain par les semences génétiquement modifiées, les intrants artificiels et les pesticides produits par des multinationales occidentales. Mais peut-être était-ce là, finalement, le véritable objectif de cette révolution verte.

Paul Martial