Publié le Jeudi 8 octobre 2026 à 18h00.

Les Latinos pourraient faire perdre les élections de mi-mandat à Trump

Les Latinos, dont le vote a contribué à la victoire de Trump en 2024, se détournent de lui face à la vie chère et à la violence des expulsions. Leur colère pourrait faire perdre aux républicains leur majorité au Congrès.

 

Donald Trump doit sans doute sa victoire à l’élection présidentielle de 2024 au vote de 42 à 48 % des Latinos du pays. Jamais un candidat républicain n’avait obtenu une telle part de leurs suffrages. Depuis deux ans, cependant, les Latinos se détournent de Trump, comme en témoignent leur participation aux mobilisations sociales et les sondages préélectoraux. Ils pourraient lui coûter, ainsi qu’aux républicains, la victoire aux prochaines élections.

Même des responsables politiques républicains se sont retournés contre lui. Ileana García, sénatrice de l’État de Floride et cofondatrice de Latinos for Trump, l’a publiquement critiqué avec virulence : « Ce n’est pas pour cela que nous avons voté… C’est inacceptable et inhumain. » Elle exprimait ainsi le sentiment de trahison qu’éprouvent de nombreux Latinos.

 

La première minorité ethnique du pays

Avant les années 1960, les Latinos pesaient très peu dans les élections aux États-Unis, alors qu’ils étaient déjà six millions, soit 3,5 % de la population. Dans de nombreuses régions, des lois et des pratiques racistes les empêchaient de voter. La campagne présidentielle « Viva Kennedy ! », menée en 1960 par John F. Kennedy, leur a donné pour la première fois une place dans la vie politique nationale. Kennedy et son successeur, Lyndon B. Johnson, ont cultivé leur soutien et les ont intégrés à la coalition démocrate, aux côtés des syndicats de l’AFL-CIO, des NoirEs et des femmes. Durant les cinquante années suivantes, les Latinos ont, dans leur grande majorité, voté démocrate. L’exception était constituée par les CubainEs qui avaient fui la révolution de 1959 et reprochaient à Kennedy de ne pas avoir renversé Fidel Castro.

Les vagues d’immigration des décennies suivantes ont fait des Latinos la première minorité ethnique du pays. Aujourd’hui, les États-Unis comptent 65 millions de Latinos, soit 20 % de la population totale, contre 13,5 % pour les NoirEs. Cette population est diverse : les AméricainEs d’origine mexicaine en représentent 57 %, suivis des personnes originaires de Porto Rico, de Cuba, du Salvador et de République dominicaine. Quelque 36,5 millions ont le droit de vote. La majorité des Latinos sont catholiques, mais les chrétienNEs évangéliques sont également nombreux. Les effectifs les plus importants se trouvent en Californie, avec 8,5 millions de personnes, au Texas, avec 6,5 millions, en Floride, avec 3,5 millions, dans l’État de New York, avec 2,2 millions, et en Arizona, avec 1,3 million. Tous les Latinos ne peuvent pas voter : 20 % n’ont pas la citoyenneté américaine et 20 % ­supplémentaires ont moins de 18 ans.

 

Des espoirs déçus

En 2024, comme beaucoup d’autres électeurEs des classes moyennes et populaires, les Latinos, notamment les hommes, ont cru aux promesses de Trump : améliorer leur niveau de vie, n’expulser que les immigréEs ayant des antécédents judiciaires — « les pires parmi les pires » — et éviter les guerres à l’étranger. Pourtant, Trump a lancé une guerre contre l’Iran, qui a entraîné une hausse des prix des carburants, mais aussi de l’alimentation et de nombreux autres produits. De son côté, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale de l’immigration, a engagé une véritable guerre contre les immigréEs. Les Latinos ont commencé à voir leurs collègues, leurs amiEs et les membres de leur famille arrêtés, emprisonnés et expulsés.

Tout cela s’accompagne d’une extrême violence. Dotée d’un budget de 75 milliards de dollars, l’ICE a expulsé 400 000 immigréEs depuis le début du second mandat de Trump. Ses agents ont tiré sur 21 personnes, dont huit ont été tuées. D’autres sont mortes en détention sous sa responsabilité : 33 l’an dernier et déjà 27 cette année. À Chicago et à Los Angeles, des mobilisations se sont organisées pour entraver les opérations de l’ICE, avec la participation des importantes populations latinos de ces villes.

 

Les républicains pourraient perdre leur majorité

Pour protester, 250 personnalités latinos ont signé une lettre adressée à Trump et au Congrès, demandant une protection juridique et des autorisations de travail pour les immigréEs sans papiers installés de longue date dans le pays. Si la plupart sont sans doute démocrates, les signataires comprennent aussi des conservateurs, comme Massey Villarreal, ancien président de la Republican National Hispanic Assembly, et le pasteur Samuel Rodríguez, président de la National Hispanic Christian Leadership Conference.

Les Latinos, comme tout le monde, voient désormais l’ensemble du tableau : la guerre, la hausse des prix, la corruption et, surtout, les violences qui les frappent. Trump a perdu le soutien de beaucoup de ces électeurEs. Sans leurs voix, les républicains pourraient bien perdre leur majorité au Congrès.