Publié le Mercredi 25 février 2026 à 17h00.

Pour la gauche ukrainienne, une lutte sociale dans et contre la guerre

La société ukrainienne ne se contente pas de résister militairement. Réseaux d’entraide, auto-organisation, mobilisations syndicales et féministes : la guerre révèle une résistance populaire profonde, traversée de contradictions sociales et confrontée aux politiques néolibérales du gouvernement, mais déterminante pour l’issue du conflit.

Dès les premiers jours de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, la résistance ukrainienne déjoue les plans de Poutine qui imaginait prendre Kyiv et installer un gouvernement ami, sans coup férir. L’armée ukrainienne reprend même une partie du terrain en 2022. Le conflit se transforme en guerre d’usure, combats d’artillerie et de drones, pertes humaines considérables et destruction systématique par l’armée russe des infrastructures civiles et énergétiques.

Une mobilisation multiple de la société

Depuis quatre ans, la société ukrainienne a mis en place des réseaux de collectes et d’entraide (nourriture, vêtements, médicaments) reliant les soldatEs et leurs familles, assurant évacuations de blesséEs, soins sous les bombardements, aide aux personnes déplacées. Une inventivité populaire s’est déployée pour transformer et fabriquer des drones utiles à de multiples tâches. De nombreuses expressions artistiques de la résistance (musique, littérature, arts visuels, graffitis) ont émergé. Les luttes sociales et syndicales ont persisté, sous la loi martiale, notamment dans les services publics confrontés à la remise en cause néolibérale des droits sociaux du gouvernement Zelensky.

Pour l’organisation politique de gauche Sotsialnyi Rukh (« Mouvement social »), pour le syndicat étudiant Priama Diia (« Action directe »), celui des infirmières « Soyez comme nous sommes », ou pour le collectif d’entraide « Solidarity Collectives », la mobilisation se déploie comme lutte sociale dans et contre la guerre. Elle intensifie, transforme et met à nu les rapports d’exploitation et de domination économique, genrée et politique. Les pratiques d’auto-organisation, soutien matériel aux combattantEs, solidarité avec les prisonnierEs et les réfugiéEs prouvent que la société peut agir sur des bases indépendantes, y compris dans un contexte de guerre.

Des lignes de classes

La situation n’est pas simple. La corruption, les désillusions face aux promesses de Zelensky, les pertes massives et les inégalités sur le front et dans la société se traduisent par une montée des désertions. La « busification » (capture de conscrits avec des minibus par des centres de recrutement) alimente le mécontentement contre l’organisation de la conscription. En dépit d’un rejet massif de l’agression russe, elle reflète la fatigue sociale face à un conflit qui dure et qui pèse de façon inégalitaire sur la société.

Pourtant, peu de gens imaginaient l’Ukraine capable de contenir une armée très supérieure en nombre et en moyens de production militaire. Un élément de réponse est la nature de l’armée ukrainienne, composée de soldatEs majoritairement non professionnelEs. Ces travailleurEuses, ouvrierEs, technicienNEs ont apporté leurs compétences et leur culture civiles. Leur inventivité, leur capacité d’adaptation, leurs réseaux transforment le fonctionnement de l’armée. Beaucoup de militaires gardent des liens avec leur syndicat qui les aide à défendre leurs droits. La présence importante de femmes — 70 000 dans l’armée en 2025, plus de 5 500 en première ligne (snipers, commandantes d’unités, opératrices de drones) — est aussi un lien fort avec la société civile.

Les soldatEs dénoncent les conditions de vie dégradées, les rotations inexistantes, les commandements incompétents ou brutaux. Ces revendications procèdent d’un réflexe de classe forgé au front : survivre, limiter l’arbitraire, préserver les camarades.

L’après-guerre est déjà en jeu dans la guerre. La reconstruction risque de se traduire par une accélération des politiques néolibérales, des privatisations et de l’extractivisme. La résistance actuelle — luttes syndicales, féministes, auto-organisation — contre l’agression russe et contre les politiques néolibérales exprime l’urgence et les tâches d’un internationalisme par en bas qui doit se construire contre tous les rapports de domination.

Groupe d’intervention Solidarité Ukraine du NPA-A