Sous la menace conjointe de Damas et d’Ankara, les attaques contre les Kurdes de Syrie se multiplient dans un contexte de recomposition impérialiste régionale. Face aux offensives militaires, aux manœuvres diplomatiques et à l’abandon des puissances occidentales, la solidarité avec le peuple kurde et son droit à l’autodétermination est plus que jamais nécessaire.
Au lendemain de la libération de la Syrie et de la chute d’Assad, l’Armée nationale syrienne (ANS) et l’armée turque attaquaient les villes de Kobané et de Manbîj, au Rojava. Malgré les discussions sur le statut du Rojava, un an plus tard, Kobané est à nouveau assiégée, Alep a été le siège d’une nouvelle bataille pour reprendre les deux quartiers à majorité kurde, forcer les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) et les Kurdes à quitter la ville. De nombreux massacres ont eu lieu lors de cette bataille.
Vers une Syrie centralisée et unifiée
Cette nouvelle bataille d’Alep scelle le rapprochement du dirigeant syrien Ahmed al-Charaa avec la Turquie mais surtout la volonté du pouvoir à Damas de reprendre le contrôle sur l’essentiel du territoire. L’influence turque est évidemment notable dans ce conflit : les drones turcs ont appuyé les troupes de Damas dans cette offensive, la Turquie bombarde le Rojava et participe au siège de la ville de Kobané. Erdogan cherche à en finir une fois pour toutes avec le Rojava après avoir mis au point mort le nouveau processus de paix avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), tout en maintenant sa répression contre le DEM (parti pro-kurde) et ses opposants politiques.
Mais, plus profondément, cette nouvelle situation illustre la volonté du gouvernement de transition syrien d’une Syrie centralisée et unifiée, jouant sur les particularismes des différentes minorités ethniques ou religieuses, quand il n’attise pas les conflits contre Druzes, Alaouites ou Yézidis.
La cause kurde abandonnée par les puissances impériales
L’Administration autonome du nord-est de la Syrie (AANES) ou Rojava, à majorité kurde, devait incarner un contre-modèle aux politiques coloniales et impériales qui sévissent dans le Levant. Le Rojava a essayé de mettre en place une organisation politique avec comme piliers : le droit à l’autodétermination des peuples, le fédéralisme, le féminisme et l’écologie. Ce projet s’est heurté aux différentes réalités de l’impérialisme local et international. Longtemps soutenue par les États-Unis lorsqu’il fallait se débarrasser de l’État islamique, la cause kurde a été abandonnée par ces mêmes puissances impériales qui font semblant de les soutenir. La France dit qu’elle n’abandonnera pas les Kurdes, mais n’a jamais reconnu diplomatiquement l’AANES, et Macron s’aligne sur Trump et l’Union européenne (Ursula von der Leyen était à Damas le 9 janvier), donnant 600 millions d’euros pour aider à la reconstruction de la Syrie alors que la guerre était en cours à Alep.
Soucieux de se démarquer de son passé djihadiste et de ménager son image auprès des Occidentaux, al-Charaa s’est mis en scène le 16 janvier en reconnaissant la co-officialité du kurde, son enseignement dans les écoles, leur accordant la nationalité syrienne tout en les invitant à « participer à l’édification du pays ». Dans le même temps, l’armée appelait les FDS à « revenir vers leur État », c’est-à-dire l’intégration dans l’armée syrienne. Cette position a le soutien des États-Unis. La situation actuelle est celle d’un cessez-le-feu précaire. En outre, dans les zones contrôlées par les FDS à majorité arabe, la direction kurde est très contestée.
Le peuple kurde a droit à l’autodétermination
Il est plus que jamais nécessaire de rappeler notre soutien à nos camarades kurdes. Quelles que soient les volontés réelles ou affichées du pouvoir syrien, le peuple kurde a droit à l’autodétermination et à sa propre armée dans un contexte où le pouvoir turc est à la manœuvre.
En Europe, la solidarité s’organise, notamment avec les manifestations, rassemblements et actions de désobéissance civile organisées par la diaspora kurde. La campagne RiseUp4Rojava a mis en place une première caravane partant depuis la France, l’Allemagne et l’Autriche, ces convois se rejoindront à Vienne avant d’aller à la frontière entre la Turquie et Kobané. Des collectes de fonds pour l’AANES ou Roja Sor s’organisent.
Nous continuerons de soutenir les revendications nationales des Kurdes, le droit à l’autodétermination des peuples, le soutien par en bas à la résistance et plus que jamais nous nous opposerons aux impérialismes turc, étatsunien, français et israélien qui convergent à nouveau. Bîjî Berxwedana Rojava !
Commission internationale du NPA-A