Publié le Vendredi 16 septembre 2016 à 17h56.

Sélection en master et à la fac : le gouvernement veut nous diviser

Publié dans l’Etincelle AnticapitalisteEn plein cours de la mobilisation contre la loi Travail, pour laquelle même le secteur étudiant était le premier mobilisé, le gouvernement applique le décret Mandon en mai dernier, visant à autoriser la sélection des entrées en Master 2. Rappelé à l’ordre par le Conseil d’Etat car illégale, il autorise «temporairement» la sélection en Master, afin de ne plus avoir affaire à la justice, le temps de trouver accord sur une réforme. Cette étape de sélection date de l’ancien modèle des études supérieures, qui s’est faite oubliée lors de l’instauration du modèle LMD (licence-master- doctorat) en 2002. C’est donc depuis presque quinze ans que la sélection persiste entre les deux années de master. Najat Valaud Belkacem espère un consensus au plus vite pour lancer la procédure législative dès novembre 2016, et une application à la rentrée 2017. Si les promotions 2016/2017 subiront déjà le décret Mandon, trouver un consensus peut prendre bien plus de deux mois.

Cet accord tant voulu par la ministre permettrait une réforme qui rétablirait selon elle, « une organisation cohérente des études, tournée vers la réussite ». Elle parle ainsi de « recrutement », qui n’est que synonyme de « sélection », car basé sur « la motivation, le niveau pédagogique et le projet de l’étudiant ». L’Etat veut ainsi mettre fin à une polémique autour de la sélection en imposant un autre terme, qui cache de fait la même logique. Sous couvert de vouloir proposer une formation post- licence à tous les étudiants, elle précise que la réforme doit tenir compte « des capacités d’accueil de ces masters, et, en même temps, [offrir] à chaque étudiant qui le souhaite la possibilité de poursuivre ses études au-delà de la licence ». En d’autres termes, la sélection perdure et dirige les étudiants jugés « moins bons » vers des filières « plus abordables pour eux ». Par conséquent, il s’agit bien de « trier » les étudiants selon leur niveau et en dernière instance, reproduire les inégalités que subit la jeunesse scolarisée.

Au-delà de la sélection en master, c’est l’accès aux études supérieures de manière générale qui est de plus en plus restreint. Des milliers d’étudiants se sont retrouvés sans fac à la rentrée 2015. Au mois de juin suivant, le logiciel APB (Admission Post Bac) révèle une partie de son algorithme : priorité aux lycéens de la même académie que l’université voulue, et si les demandes restent trop nombreuses, il départage au tirage au sort. Mais les coupes budgétaires et la précarité étudiante dans son ensemble organisent déjà cette sélection : réforme ou pas, c’est le droit même d’étudier qui est mis en cause. Si l’UNEF défend face aux présidents d’universités le droit à tous les étudiants d’accéder au master, il faut déjà défendre le droit à tous les jeunes de pouvoir accéder aux études supérieures. Battons-nous pour des universités ouvertes à tous les jeunes et travailleurs, pour un savoir accessible à toutes et tous !

Manon