Publié le Mercredi 2 septembre 2026 à 13h00.

Budgets 2027 : le patron, c’est bien le MEDEF

Alors que s’ouvre la campagne présidentielle, le gouvernement, sans majorité parlementaire, cherche, pour la troisième année, à obtenir le vote de budgets d’austérité pour l’État (PLF) et pour la Sécurité sociale (PLFSS).

 

La canicule et les incendies de l’été ont dramatiquement mis en relief les effets des politiques d’austérité des deux quinquennats d’E. Macron. Le pouvoir entend néanmoins imposer un nouveau tour de vis aux dépenses de protection sociale, au financement des services publics et de la lutte contre le dérèglement climatique.

L’austérité toujours

Tout l’été, des ballons d’essai ont été lancés. Garantie a été donnée de ne pas toucher aux « minima sociaux ». Le doublement par décret du plafond des franchises médicales s’est transformé en une hausse de « seulement » 40 % (140 €), accompagnée d’une indexation sur l’inflation. Le gel des pensions de retraite ne s’appliquerait finalement qu’aux « retraitéEs aiséEs », sans plus de précision.

L’essentiel reste inchangé : un nouveau tour de vis brutal va s’appliquer à la protection sociale. Les retraites, l’accès aux soins, l’hôpital, l’indemnisation du chômage sont dans le viseur. Le manque de financement des services publics va s’aggraver. Avec l’instauration probable d’une TVA « sociale » pesant essentiellement sur les classes populaires, les employeurs seraient encore davantage exonérés du financement de la protection sociale.

La poursuite de cette politique « de l’offre » n’a pas pour but de diminuer la dépense publique mais de la réorienter dans l’intérêt du capital. L’argent public doit continuer d’être largement déversé, non en vue de satisfaire les besoins sociaux essentiels, mais pour maintenir sous perfusion un capitalisme sénile en quête de rentabilité, de débouchés et de profits. La stagnation ne fait que renforcer cette exigence.

Le MEDEF donne ses ordres, les politiques exécutent

Le MEDEF exige cette réorientation dans une brochure qui dénonce le « choix collectif implicite » fait en France depuis 50 ans, ayant consisté à orienter « une part croissante de notre richesse vers les transferts sociaux et en particulier vers les retraites, sans augmenter les moyens consacrés aux fonctions régaliennes et aux politiques d’avenir ».

Le temps serait donc venu d’inverser ces choix, d’une part en amplifiant l’aide aux « fonctions régaliennes », c’est-à-dire en développant massivement les budgets militaires, offrant au Capital en mal d’investissements des marchés de substitution ; d’autre part en favorisant les « politiques d’avenir », en d’autres termes en ouvrant plus largement encore l’assistanat aux profits (211 milliards par an selon un rapport sénatorial), au moyen de nouvelles exonérations fiscales et sociales ou de financements publics. À ce titre, le MEDEF exige 60 milliards supplémentaires d’exonérations de cotisations sociales.

Docilement, le pouvoir se plie à ces injonctions. Alors que tous les ministères sont sommés de faire des économies, le budget de la défense explose pour offrir de nouveaux débouchés à « notre industrie ». La loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée prévoit de doubler le budget des armées par rapport à 2017, avec une enveloppe de 436 milliards d’euros.

Quant à l’assistanat aux profits, Farandou, ministre du Travail, est venu aux journées du MEDEF confirmer que les budgets à venir continueront d’épargner les aides massives aux entreprises. Une légère contribution provisoire pourrait tout au plus être ­envisagée.

La grand-messe du patronat a confirmé que c’est bien au MEDEF que se définit la politique du pays. De Marine Le Pen à Attal, en passant par Philippe et Retailleau, les candidatEs sont venuEs faire allégeance, rivalisant dans les propositions d’économies budgétaires sur les dépenses sociales et les services publics et dans les promesses de « soutien aux entreprises ». La gauche social-libérale, avec Glucksmann, Brun et Hollande, se joint à ce chœur.

Marine Le Pen est venue apporter tous les gages exigés par le patronat : plan d’économies budgétaires de 125 milliards d’euros, respect de la « règle d’or » d’un déficit limité à 3 %, soutien au réarmement et au budget militaire. Ainsi s’esquisse un deal entre les « milieux d’affaires » et l’extrême droite : un soutien du patronat à un pouvoir autoritaire capable de réussir là où les partis traditionnels n’ont pas abouti, pour briser toute forme de résistance sociale, atomiser la classe des salariéEs pour garantir la relance des profits.

À ce titre, le combat contre l’austérité budgétaire, pour les droits sociaux, est indissociable de celui contre l’extrême droite. L’urgence est de se rassembler, dans les luttes et dans les urnes, pour mener ces combats.