Publié le Jeudi 25 juin 2026 à 15h00.

TVA antisociale, capitalisation : les exigences du MEDEF pour la présidentielle

La protection sociale fera partie des débats centraux de la prochaine élection présidentielle. À l’approche de cette échéance, le patronat, par la voix du MEDEF, se fait entendre pour imposer ses solutions dans le débat public.

 

Parmi ses revendications, l’instauration d’une TVA dite « sociale » ou l’introduction de la capitalisation dans les systèmes de retraites. Patrick Martin, président de l’organisation patronale, fait le tour des plateaux pour assurer la promotion de son programme de contre-réformes. Son argumentation tient en deux points. Pourquoi s’inquiéter de mesures qui, dans les faits, existent déjà ? Pourquoi les présenter comme défavorables aux classes populaires, alors qu’elles n’ont pas de réel impact sur leur niveau de vie et leur seraient même bénéfiques ?

 

L’impôt le plus injuste

Mise en place par N. Sarkozy en 2012, la « TVA sociale » fut abrogée presque immédiatement par F. Hollande. Une hausse de quelques points de la TVA (taxe à la valeur ajoutée), créée en 1954, remplacerait les cotisations des employeurs pour financer la protection sociale.

La TVA est l’impôt le plus injuste, car il touche indistinctement l’ensemble de la population contrainte de le payer, quel que soit le niveau de ses revenus, chaque fois qu’elle fait un achat. Elle pèse proportionnellement davantage sur les classes populaires, obligées de consacrer l’essentiel ou la totalité de leurs revenus à leur consommation et ne disposant pas, contrairement aux plus riches, de moyens d’y échapper. C’est pourquoi elle a toujours été combattue par la gauche sociale et politique.

 

Faire subventionner les entreprises par les classes populaires

Selon Patrick Martin : « La TVA sociale existe déjà puisque 50 milliards de financement de la protection sociale se font par la TVA ». La réalité est que l’État compense (partiellement) par de la TVA prise sur son propre budget le déficit qu’il crée dans celui de la Sécurité sociale par les exonérations de cotisations de plus en plus généreuses accordées aux employeurs. Elles ont atteint le chiffre de 83 milliards en 2024. 

Mais, pour le MEDEF, l’heure n’est plus aux demi-mesures et aux faux-semblants : il exige désormais que la TVA finance directement la protection sociale. En clair, l’État (par l’argent des contribuables) doit compenser la suppression de la partie socialisée du salaire que sont les cotisations sociales. Le MEDEF entend ainsi ouvrir davantage encore les vannes des aides massives au profit des entreprises et des plus riches pratiquées par les gouvernements successifs. Au nom de la « compétitivité », de « l’investissement pour l’avenir » ou d’hypothétiques « créations d’emplois », la collectivité publique est soumise à l’obligation de financer une part croissante des salaires à la place des employeurs.

P. Martin tente de dissimuler cette réalité en assurant que l’augmentation de la TVA impacterait peu « les ménages modestes », la TVA n’existant pas ou étant réduite sur les postes les plus importants de leurs dépenses : le logement et l’alimentation. Ces arguties ne peuvent masquer l’essentiel : ce sont les classes populaires qui, en achetant chaque jour les produits dont elles ont besoin, paieront l’aide massive aux entreprises que constituent les exonérations de cotisations sociales.

 

Couverture minimale et capitalisation

Enfin, P. Martin estime que l’essentiel serait de « baisser la dépense » de Sécurité sociale, ramenée à une couverture minimum, ce qui rendrait nécessaire le recours à des assurances privées pour compenser. La proposition du MEDEF d’instaurer une part de capitalisation dans le système de retraite en découle logiquement.

L’offensive engagée par le MEDEF a d’ores et déjà marqué des points. Ainsi, au sortir d’un entretien avec les dirigeants du patronat, le 20 avril, le RN, par la voix de son président, J. Bardella, s’est affiché en plein accord avec les thèses patronales sur la protection sociale.

La responsabilité de la gauche sociale et politique est de tracer une alternative aux contre-réformes préconisées par le MEDEF. Cette alternative, c’est le « 100 % Sécu » : une Sécurité sociale répondant aux besoins sociaux fondamentaux, financée intégralement par les cotisations des employeurs et autogérée par les assuréEs.