Publié le Mercredi 4 mars 2026 à 19h13.

Construire la riposte antifasciste

La fascisation en cours menace l’ensemble des forces engagées pour l’égalité et l’émancipation et crée les conditions d’une intensification des violences visant les personnes racisées, les LGBTQIA+, les femmes… Il n’y a pas de combat plus urgent que la lutte antifasciste. 

Il faut donc faire feu de tout bois pour résister à l’impression de fatalité qui risque de tout emporter. Cela passe par le renforcement de toutes les initiatives qui permettent de ne pas laisser l’agenda réactionnaire dominer le débat public. 

Renforcer toutes les résistances et les unifier

Des initiatives antifascistes existent, en solidarité avec les organisations attaquées, contre les projets de Stérin et Bolloré, les groupuscules fascistes et leur version ripolinée du RN. Avec des mobilisations contre l’internationale fasciste, contre les guerres impérialistes et les oppresseurs des peuples en Palestine, en Iran, en Ukraine, au Vénézuela… Mais aussi par les luttes féministes, qui refusent leur détournement fémonationaliste : le 8 mars sera un moment majeur de la riposte. Et dans les combats antiracistes : les marches du 14 mars contre le racisme, les fascistes et les violences d’État sont la prochaine échéance centrale de mobilisation. Il faut renforcer ces ­mobilisations. 

Mais, ces mobilisations éparses ne suffiront pas à affronter le fascisme qui vient. C’est pourquoi le NPA-l’Anticapitaliste s’est adressé le 27 février à l’ensemble de la gauche par voie de lettre ouverte : « Il est urgent que l’ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives, au-delà des nuances et des calculs d’appareil, se réunissent pour préparer une riposte à la fois institutionnelle et militante partout dans les villes, les quartiers, les lieux d’études et les entreprises, à l’image de ce qu’a pu être la mobilisation pour le Nouveau Front populaire en 2024. Plus que jamais nous avons besoin d’un nouveau front résolument antifasciste et militant, car l’autodéfense unitaire sera vitale dans la prochaine période. »

Dépasser les obstacles à l’unité

Il y a bien entendu de profondes divergences politiques à gauche. Mais face aux dangers mortels que nous devons affronter, elles ne devraient pas être opposées à la nécessité de faire front. Malheureusement, les concurrences électorales mènent les principales forces de gauche à creuser les divisions, avec les municipales et surtout la présidentielle en ligne de mire. Des sorties récentes de Jean-Luc Mélenchon en ­fournissent la dernière occasion. 

Autant le dire sans détour, le fait de plaisanter sur la prononciation de noms juifs n’est pas anodin ; répéter l’opération au lendemain d’une première polémique encore moins ; et enfin nier la dimension volontaire, pourtant manifeste, de cette répétition ne calme pas le jeu. Bien entendu, l’extrême droite, la droite et les courants pro-­israéliens n’ont besoin d’aucun motif sérieux pour accuser d’antisémitisme à tort et à travers LFI, l’extrême gauche et le mouvement de solidarité avec la Palestine. On peut également souligner que tout le champ politique, du centre gauche à l’extrême droite, qui fait de Mélenchon un nouveau Doriot est en réalité beaucoup plus enfoncé que LFI dans le racisme, par les politiques promues et par tant de discours dont les extraits font opportunément surface via les réseaux sociaux.

Mais quelle perche tendue à la gauche molle, qui en fait un nouveau prétexte pour essayer de cornériser LFI ! Et qui plus est dans une séquence déjà marquée par les attaques contre la gauche de combat suite à la mort d’un militant néonazi. Comment comprendre cette séquence, autrement que par la volonté de cliver, de polariser autour d’un « avec moi ou contre moi » quoi qu’il advienne ? Quitte à renforcer la conviction que, finalement, de tous côtés, personne ne se soucie réellement de l’antisémitisme, dont la thématique occupe une place dans le débat public inversement proportionnelle à sa prise en compte réelle. 

Disons-le donc avec une certaine gravité : chaque jour où les divisions s’accentuent nous éloigne davantage des conditions pour qu’une réponse politique et sociale unitaire voit le jour. C’est pourtant la seule manière d’arrêter la dynamique de fascisation qui nous écrasera toutes et tous. Il est peut-être déjà trop tard. Mais le pire n’est jamais certain.

Olivier Lek Lafferrière