Fin janvier 2026, la Saône-et-Loire apprenait, via la presse locale, la tenue d’un événement national du RN, en présence de Marine Le Pen et Jordan Bardella, à Mâcon, préfecture de ce département rural et ouvrier qui, lors des législatives 2024, a vu l’élection de quatre députés d’extrême droite sur cinq circonscriptions, soit quatre fois plus qu’en 2022.
La ville de Mâcon occupe une place particulière : en avril 2024, un groupe local ouvertement néonazi et violent, l’Active Club Nouvelle Rhodésie — dont l’objectif est de pratiquer des sports de combat entre suprémacistes blancs—, s’en est violemment pris à un militant d’un local libertaire de la ville. Si les auteurs de l’agression ont été condamnés en justice, ils ont depuis repris leurs activités sous le nom de Mâcon Dissidence, et ne cachent pas leurs volontés suprémacistes.
En outre, à moins d’une heure au nord de Lyon, le sud de la Bourgogne est dans la zone d’influence de l’importante fachosphère lyonnaise, galvanisée après la mort de Quentin Deranque et la campagne de désinformation qui s’en est suivie et consacrée par la minute de silence à l’Assemblée nationale.
Refusant de laisser le champ libre aux idées racistes, totalitaires et bourgeoises, le petit cercle des militant·es du mouvement social saône-et-loirien s’est mis en branle pour faire de ce jour de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs un temps de rencontre, d’échange et d’auto-organisation antifasciste.
En quelques semaines seulement, une vingtaine de camarades, de toutes les nuances et traditions de la lutte sociale, se sont constitué·es en un collectif informel pour dire non au RN.
S’unir pour un objectif commun
Le compte à rebours lancé, en 3 mois, nous avons travaillé pour organiser, visibiliser et teindre ce jour aux couleurs de l’antifascisme.
Les vingt premiers jours ont été consacrés à l’agitation de nos réseaux militants larges sur cette question, et quand assez de monde fut mobilisé, nous avons tenu notre première réunion.
Venant des quatre coins du département et environs, une vingtaine de camarades se sont rencontré·es, et une fois tous nos téléphones dans le micro-ondes, nous avons commencé à élaborer un plan.
Armé·es de post-it et de stylos nous avons tracé les grandes lignes de ce que nous voulions pour cet évènement, ce village antifasciste, puis nous nous sommes réparti·es en « commissions » pour tout mettre en place.
L’appel à s’unir contre le RN le 1er mai a rapidement été signé par plus de 40 organisations associatives, politiques et syndicales, ainsi que plusieurs personnalités politiques, scientifiques et médiatiques.
Fin mars, le collectif était invité par l’intersyndicale du département pour décider de la manière de porter cette journée ensemble, manifestation le matin et village l’après-midi.
Lentement mais sûrement, un mouvement unitaire s’est mis en place, non sans désaccords et frustrations, dépassant avec brio les embûches institutionnelles, interpersonnelles et organisationnelles.
Le village des résistances solidaires
7h30, esplanade Lamartine, la mise en place du village commence : plus de 200 bénévoles rejoignent les rangs, toustes motivé·es pour faire de cette journée un moment mémorable d’union populaire contre l’idéologie de l’extrême droite.
10h : départ de la manifestation avec plus de 3 000 personnes, un succès comparé aux années précédentes : un peu moins de 1 000 personnes l’an dernier dans le département entier, dont environ 300 à Mâcon.
12h : arrivée de la manifestation et ouverture du village. Le temps est beau et environ 2 000 personnes entrent dans le village pour prendre part aux différentes activités.
Nous sommes protégé·es par notre propre service d’ordre, extrêmement organisé, qui assure la sécurité de toustes, alors que la ville est envahie par des milliers d’adorateurs du RN.
Concerts, spectacles, chorales militantes, conférences, tables rondes, bar, cantines militantes, espace enfants, jeux, lectures, soins militants, légal team, premiers secours, et tables de presse font de ce lieu un espace de rencontres antifascistes interrégionales nécessaires pour s’unir dans les luttes à venir.
Construire la suite, se structurer dans la durée
Quelques jours plus tard, encore plus uni·es par le succès de la journée, le groupe moteur s’est retrouvé pour un bilan. L’idée étant de pérenniser ce front rural antifasciste pour en recréer sur tout le territoire.
Nous avons fait nos retours techniques, les points négatifs et positifs, puis sur l’avenir : comment s’organiser, se fédérer, prendre des décisions, se faire confiance...
Et nous avons aussi prévu un temps de débrief «émotionnel» pour la gestion de l’interpersonnel afin de recommencer sur des bases fertiles. o
*Ce texte a été co-écrit par la coordination de Macon-Solidaire dont fait parti le NPA-Bourgogne.