La période récente révèle la lente fin du compromis historique de 1945, où les interventions impérialistes étaient justifiées par une supposée défense de la démocratie ou des droits humains. Les répartitions des sphères d’influence sont restées globalement stables, du moins, ne donnant lieu qu’à des affrontements périphériques. Cependant, la marche à la guerre du 21e siècle semble bien engagée. C’est dans ce cadre que se tiendra la réunion du G7 du 15 au 17 juin 2026. L’occasion pour notre camp social de rappeler notre détermination anti-guerre et contre les politiques d’austérité qui en découlent.
Les choix politiques de Donald Trump comparable au parcours d'un canard sans tête : improvisation permanente. Début janvier 2026, il fait enlever Nicolas Maduro dans sa demeure de Caracas, à force de bombardement sur le Venezuela. Puis, menace d’envahir le Groenland, enfin, il lance son pays, le 28 février, dans une guerre « éclair » avec l’Iran, sur fond de soutien à la politique expansionniste d’Israël au Sud-Liban et en Cisjordanie et génocidaire à Gaza. Mal lui en a pris, l’Iran résiste et bloque le détroit d’Ormuz, passage obligé de 30 % du commerce mondial du pétrole, entrainant, mécaniquement, une hausse du prix du baril. Est-ce un nouveau « TACO Tuesday »1 ou bien un problème plus profond ?
Relancer les profits états-uniens
Trump n’a pas été élu par hasard à la présidence, mais pour maintenir les profits des grands patrons états-uniens (ce que Kamala Harris ne pouvait garantir). Cela passe par une guerre économique, notamment contre la Chine.
La question des transports et en particulier la voiture et l’avion, est centrale. Le choix des Etats-Unis se résume à la formule drill baby drill2 est de tout miser sur les moteurs à explosion, à l’exception des moteurs électrique de Tesla. La production de pétrole des États-Unis (premier pays producteur mondial, grâce à l’exploitation du gaz de schiste depuis 2017) n’est pas suffisante pour leur consommation. Ce n’est pas un hasard s’ils s’en sont pris à deux pays producteurs de pétrole. Dans le même temps, la Chine a fait le choix du moteur électrique. L’entreprise chinoise BYD (qui détient 65 % du marché mondial de batterie électrique) investit dans ce secteur depuis 2003 et possède aujourd’hui 20 % du marché mondial des bus électriques. BYD talonne Tesla en nombre de vente de véhicule électrique et son chiffre d’affaires est passé devant celui de Tesla en janvier 2026.
L’informatique est le deuxième secteur économique où la bataille fait rage. L’investissement dans l’intelligence artificielle est colossal : 375 milliards de dollars en 2025 et une perspective de 500 milliards pour 2026. Mais le fonctionnement d’OpenAI (la principale entreprise d’IA états-unienne) repose sur la rapidité, le nombre et la puissance de calcul des puces (notamment Nvidia), donc, en dernière instance, sur l’extraction et le raffinage de terres rares. 80 % de ce marché mondial est détenu par la Chine. Or, le sol du Groenland compterait 36 millions de tonnes de « terres rares » et en exploite que 1,5 million de tonnes. Là encore, les volontés impériales états-uniennes ne sont pas un coup du hasard.
Les États-Unis sont le plus grand importateur mondial (machines de bureau, véhicules routiers…). Même s’il est impossible de « tout rapatrier » Trump espère relancer la production interne pour limiter sa dépendance. Ce qui explique l’augmentation des droits douaniers, notamment contre la Chine. Les importations chinoises aux États-Unis ont diminué de 30 % entre 2024 et 2025, mais représentent encore 9 % des importations états-uniennes. En novembre 2025, dans le cadre de « l’Initiative la ceinture et la route »3, le président Xi Jinping inaugurait le mégaport de Chançay (Pérou), détenu à 60 % par l’entreprise chinoise Cosco Shipping. À terme, ce port réduira le temps de transport et l’approvisionnement chinois en matières premières (cuivre, soja, lithium…) et permettra l’exportation de produits manufacturés chinois sur tout le continent. La chine est aujourd’hui le deuxième partenaire économique des pays d’Amérique du Sud (derrière les États-Unis, mais devant l’Union européenne) et c’est sa porte d’entrée pour le marché nord-américain.
Enfin, dernier secteur pour relancer les profits est celui de la diminution de la valeur de la force de travail états-uniennes. C’est sous ce prisme que l’on peut comprendre l’émergence de l’ICE4. Il s’agit de relancer l’emploi en mettant la pression sur les « immigrés », pour faire baisser les salaires de tous les états-uniens et augmenter l’exploitation (cadences, horaires de travail, etc.).
Redéfinition des sphères d’influence
Le mot d’ordre de Trump « Rendre l’Amérique à nouveau grande » (« Make america great again », MAGA) est, de fait, un aveu de la faiblesse actuelle des États-Unis. Pour le dire autrement, Les ambitions de domination mondiale et sans partage des États-Unis ne doivent pas occulter les intérêts spécifiques des autres puissances dominantes.
La France subit un contre coût post-covid. En 2025, plus de 68 000 entreprises ont déposé le bilan en France (le niveau le plus élevé depuis 35 ans), principalement dans le bâtiment, le commerce de détail et la restauration. La hausse du coût de la vie (à commencer par le prix de l’essence) va accentuer cette tendance. De plus, 457 000 entreprises françaises ont été radiées des registres du commerce (une augmentation de 50 % par rapport à 2024). Cette augmentation des faillites touche également les autres pays européens, comme la Grèce (+40 %), l’Italie (+37 %) ou l’Allemagne (+11 %). Pour limiter cela, le patronat français réclame encore plus de subventions. Mais, comme le rappelle Macron, « il n’y a pas d’argent magique ». Il faut donc trouver des ressources pour financer les aides dont bénéficient les entreprises.
Lénine5 rappelle que l’impérialisme est marqué par un capitalisme de monopole : « premièrement, le monopole est né de la concentration de la production, parvenue à un très haut degré de développement. […] Deuxièmement, les monopoles ont entraîné une mainmise accrue sur les principales sources de matières premières. […] Troisièmement, le monopole est issu des banques. Autrefois modestes intermédiaires, elles détiennent aujourd’hui le monopole du capital financier. […] Quatrièmement, le monopole est issu de la politique coloniale. »
Le monopole capitaliste est encore plus radical qu’en 1917. Les 10 % les plus riches possèdent 75 % du patrimoine mondial. En outre, chaque espace est soumis au capitalisme et à la surexploitation des sols et du vivant.
Concernant les banques et la finance, fin 2025, les cinq plus grandes entreprises liées à l’IA représentaient 30 % de l’indice boursier états-unien S&P 500 et 30 % de l’indice mondial MSCI World. C’est la plus grande concentration boursière depuis 50 ans. L’explosion de la bulle boursière de l’IA est imminente, avec des conséquences en cascade, comme l’a montré la crise des subprimes de 2008.
Concernant la politique coloniale, la Ceinture et la route s’étend aussi sur le continent Africain. Entre 2006 et 2017, la Chine a investi dans les infrastructures africaines à hauteur de 28,3 % des financements publics externes (contre 6 % pour la France). Cependant, les investissements chinois en Afrique ont été divisés par deux depuis 2020. Les remboursements des prêts des banques chinoises peuvent être en partie réalisé en exportant des matière premières (l’Angola rembourse une partie de ses emprunts en minerai, le Venezuela en pétrole), sapant les revenus des entreprises liées aux anciennes métropoles coloniales. En 20 ans, la France est passée de 15 % à 7,5 % de part de marché sur le continent africain.
La guerre comme continuité de la politique
En janvier 2026, les dix pays du BRICS+6 ont lancé un exercice militaire naval « Will for Peace 2026 » (« Volonté de paix 2026 ») pendant neuf jours, dirigé par l’armée chinoise au large de l’Afrique du Sud. L’objectif est de normaliser la coopération militaire entre ces pays. Ces exercices sont réguliers, mais cette année, l’Iran y participait pour la première fois. Cependant, cela n’a pas eu de conséquences directes suite à l’intervention états-unienne, la Chine a préféré se déclarer « neutre », alors que l’Iran fournit 13 % du pétrole consommé en Chine (ce qui représente 80 % à 90 % des exportation pétrolière iranienne).
Face à la relance guerrière des États-unis, l’Europe ne peut pas rester l’arme au pied. Les militaires l’ont bien compris. En France, le chef d’état-major des armées, Fabien Mandron, nous rappelait le 18 novembre 2025 qu’il fallait « accepter de perdre ses enfants [dans une guerre] ». Lui emboitant le pas, son homologue du Royaume-Uni, Richard Knighton, appelle le 15 décembre à « une nouvelle ère pour la défense ne signifie pas seulement que notre armée et notre gouvernement se mobilisent [...] mais que toute notre nation se mobilise ». Cette ligne est résumée par le chef d’état-major de la Bundeswehr, Carsten Breuer, le 15 février 2026 : « nous avons besoin d’un nouvel état d’esprit. » L’Allemagne a décidé d’un financement massif de 500 milliards d’euros pour son armée en 2026, dont près de 50 % pour les entreprises de l’armement allemandes. Une jolie façon de relancer la croissance de la troisième puissance mondiale (derrière les États-Unis et la Chine), qui était en baisse depuis 2023 et qui semble repartir à la hausse. Le gouvernement Macron tente de suivre la tendance, avec un investissement de 36 milliards d’euro d’ici 2030 et une incitation à financer l’effort militaire. Les banques françaises ont ainsi augmenté de 26 % leurs prêts à l’armée sur la période 2025-2026, pour atteindre 46,6 milliards d’euros. Cela représente de l’ordre de 2 % du PIB. On est bien loin des 6,6 % du PIB investis par la Russie.
D’autant plus que les nouvelles méthodes de guerre, testées en Ukraine, ont montré les limites des chars au profit d’une guerre des drones (80 % des frappes en première ligne) et le développement de missile anti-drone à courtes portées (lancé depuis un camion et donc beaucoup plus mobile), plutôt que les missiles de croisière. Pour la France et l’Allemagne, il ne s’agit pas seulement d’investir, mais également de transformer leurs armées pour pour faire face à l'ensemble des conflits.
Est-ce que le monde doit nécessairement s’embarquer pour une nouvelle guerre ? Voilà la principale question qui sera débattue lors du prochain sommet du G77. Mais il sera bien difficile de trouver un accord en l’absence de la Chine et de la Russie. Il y a fort à parier que les participants vont tenter de trouver un espace de régulation politique contre le va t’en guerre états-unien. Cela ne peut plus être ni l’OTAN, ni le Conseil de sécurité de l’ONU, l’un et l’autre refusés par Trump, ni le Conseil de la paix8 de ce dernier, refusé par les autres puissances. On assiste donc au délitement du droit international, c’est-à-dire des instances politiques que les pays impérialistes avaient mis en place après la 2e Guerre mondiale pour réguler les conflits ouverts et limiter leurs impacts à la périphérie du système. Ceci est cohérent avec la fin de la cinquième onde longue du capitalisme9 : « les classes dominantes se radicalisent pour imposer les reculs sociaux qui sont le pendant de la mise sous perfusion du capital, et les libertés démocratiques bourgeoises se réduisent comme une peau de chagrin. Sur le plan international, le triomphe de la mondialisation fait place au chaos géopolitique ».
Dans ce contexte, nos dirigeants se concentrent sur l’investissement militaire au détriment des besoins de leurs populations, notamment les services publics (santé, éducation) et la sauvegarde des emplois. Le retard économique français est considérable : retard sur le plan des transports, notamment dans la production de voitures électriques, dans les puces électroniques, etdans la capacité à intensifier l'exploitation (retraites, santé, congés, dont le 1er mai) ou à peser sur les salaires. Ce n’est pas un hasard si le MEDEF rencontre le RN, qui lui promet monts et merveilles trumpiennes, pour maintenir leurs profits après l’échec de dix ans de macronie.
Ensemble contre le G7 !
Cet échec de la politique néo-libérale de Macron est à mettre à l’actif de notre camp social : révolte des Gilets jaunes (dont le départ est une mobilisation contre le prix de l’essence à 2 € le litre), révoltes des quartiers populaires, grèves et manifestations contre les réformes des retraites, etc. C’est précisément ce que nous devons reconduire contre le sommet du G7, du 15 au 17 juin prochain à Évian. Le gouvernement ne s’y trompe pas : la frontière avec la Suisse risque d’être fermée, la manifestation est pour l’instant interdite et les édiles locaux refusent de prêter un terrain pour un contre-sommet populaire et anti-guerre.
Ce sommet est l’occasion de renouer avec le mouvement altermondialiste des années 2000. C’est-à-dire un mouvement internationaliste, qui réfléchissait à toutes les échelles sur qui devait prendre les décisions, qui construisait les bases d’un nouveau monde en se coordonnant à une échelle jamais vue.
Nous avons toutes et tous une bonne raison de détester le G7. Nous voulons une autre société, qui ne soit pas commandé par des diktats économiques. Nous voulons vivre décemment de notre travail. Nous refusons de sombrer pas dans la guerre. Nous voulons vivre en paix. Nous voulons une planète où l’écologie est respectée et non bafouée pour maintenir les profits. Nous voulons en finir avec les discriminations (contre les femmes, la LGBTphobie, le racisme et l’islamophobie) qui nous tuent. Pour chacune de ces raisons, le NPA-A participera au contre-sommet du G7, pour revendiquer une société révolutionnée où chacun peut vivre et s’émanciper.
- 1. TACO est l'acronyme de « Trump always chickens out » (« Trump se dégonfle toujours »). Le terme trouve son origine à Wall Street, où la stratégie TACO consiste à acheter des actions à bas prix après qu’une annonce de droits de douane a fait chuter leur cours. Ces actions sont ensuite revendues avec un bénéfice, une fois que les droits de douane ont été reportés ou réduits et que le marché a rebondi. Il s’agit d’un jeu de mots sur les campagnes publicitaires des fast-food américains qui font des réductions le mardi.
- 2. Le slogan « drill baby drill » (en français « fore, chéri, fore ») résume la politique de transformation massive des ressources fossiles. Trump l’a utilisé pendant sa campagne et notamment le jour de son investiture, le 20 janvier 2025, lorsqu’il a retiré la signature des États-Unis à l’accord de Paris sur le climat.
- 3. L’initiative la ceinture et la route (« Belt and Road initiative » BRI), lancé en 2013 par la Chine, est un vaste projet de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine, l’Europe et l’Afrique. Ce projet engloberait plus de 68 pays représentant 4,4 milliards d’habitants et 40 % du PIB mondial. Un rapport de l’OTAN constate que « BRI aura une incidence sur le paysage géopolitique du 21e siècle telle, que la communauté transatlantique ne peut tout simplement pas l’ignorer. » Christian Tybring-Gjedde, Rapport — initiative la ceinture et la route de la chine, une évaluation stratégique et économie. Site nato-par.int, 2020.
- 4. Le Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (en anglais : United States Immigration and Customs Enforcement, ICE) a été remis sur le devant de la scène par Trump, le 4 juillet 2025 dans son Méga projet de loi (« One big beautiful act ») avec un financement de 85 milliards de dollars pour la construction de centre de détention et un recrutement massif de nouveaux agents pour atteindre 22 000 employés, dépassant le financement de toutes les autres agences fédérales dans l’histoire des États-Unis.
- 5. Lénine, L’impérialisme, stade suprème du capitalisme, 1917.
- 6. Les BRICS+ (acronyme sur les 5 premiers pays participants) sont un groupe, crée en 2011, de dix pays qui se réunissent en sommets annuels. Ce groupe est constitué du Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, l’Iran, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Indonésie et l’Éthiopie, ayant pour but de rivaliser avec le G7. Ils représentent près de la moitié de la population et 35 % richesses mondiales.
- 7. Le sommet du G7 se réunit tous les ans depuis 1975. Le G7 regroupe les principales puissances mondiale. Il est constitué de l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni, qui détiennent 44 % des richesses mondiales. La Chine (pourtant 2e puissance mondiale) n’en fait pas partie, ni l’Inde (4e puissance mondiale). La Russie en a été suspendu en 2014 et s’en est retiré définitivement en 2017.
- 8. Le conseil de la paix est une instance internationale créé par Trump le 15 janvier 2026 pour « remplacer l’ONU », où il y siège à vie. Pour y participer, il faut verser 1 milliard de dollars à un fond qu’il contrôle.
- 9. Simon Saissac, L’onde longue dépressive et ses issues possibles. Revue l’anticapitaliste n° 168-169, été-septembre 2025.