Publié le Mercredi 6 novembre 2019 à 12h18.

Gilets jaunes, 4e assemblée des assemblées : radicalité et convergence des luttes

Après Commercy, Saint-Nazaire et Montceau-les-Mines, la 4e assemblée des assemblées (ADA4) s’est tenue les 1er, 2 et 3 novembre à Montpellier.

Cédant aux pressions de la préfecture et du maire de Montpellier, les élus locaux sollicités ont refusé la location d’une salle aux Gilets jaunes qui organisaient cette initiative. La « soucoupe », un immense bâtiment d’exposition de 3 600 m2 construit en 1994 et abandonné en 2010, a donc été réquisitionné. Débarrassé de tonnes de détritus, il a été aménagé pour en faire un lieu de vie, avec eau, électricité, restauration et couchage. 

« On est là ! »

Malgré la plainte déposée par Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, « propriétaire » des lieux, et les menaces du préfet pour qui cette occupation était « illégale », la « soucoupe » était enfin prête à accueillir 600 personnes, dont 500 déléguéEs gilets jaunes mandatés par plus de 200 groupes locaux. Une victoire pour la centaine de bénévoles de l’Hérault et du Gard qui se sont démenés pendant des jours. C’est donc en pied de nez au gouvernement que l’AG a démarré en chantant d’une seule voix le fameux « On est là, on est là, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, même si Macron ne veut pas nous on est là ! »

Sept thèmes étaient soumis à la discussion de cette ADA4, protégée par un service d’ordre filtrant les entrées : rôle des ADA, lien avec la population, travailler à la convergence, identifier nos ennemis et nos alliés, s’organiser face à la répression, agir dans le contexte des municipales, l’anniversaire du 17 novembre. Plusieurs groupes locaux ont critiqué ces choix, jugés arbitraires. Mais la volonté d’agir concrètement sur le cours de la lutte des classes a fait que quatre autres thèmes ont été rajoutés au programme pour être débattus : la grève interprofessionnelle du 5 décembre et ses suites, les liens avec les peuples du monde en révolte, démocratie et institutions, sortir du capitalisme. Chaque déléguéE participait à deux débats dans des groupes de travail de 10 gilets jaunes. Les points de désaccord, les points d’accord et les points en questionnement étaient notés, mis en forme dans une mini-plénière regroupant les groupes de travail d’une même thématique, puis restitués par des rapporteurEs en AG plénière. 

Clarification des objectifs

Contrairement aux ADA précédentes, pas de vote  de textes ; non décisionnelle, cette ADA a donné la priorité aux échanges, à la réflexion collective et à la convivialité, avec un concert vendredi soir. Si, lors des débats, transparait parfois une certaine confusion politique (« municipalisme libertaire », « démocratie éthique »…), les objectifs de lutte se clarifient, avec une affirmation claire : « Notre ennemi, c’est le capitalisme ». Face à la répression, les idées d’autodéfense et de réseau d’entraide font leur chemin. Et pour les Gilets jaunes, il est désormais évident que les blesséEs et emprisonnéEs devraient être qualifiés de « blesséEs de guerre » et « prisonnierEs politiques ». Un réseau d’échanges inter-groupes a été mis en place. Deux appels ont été votés et acclamés en AG. L’un appelant à construire, à participer et à poursuivre la grève générale interprofessionnelle en défense des chômeurEs et des retraites, l’autre invitant la population à participer aux actions et manifestations des 16 et 17 novembre marquant un an de mobilisation ininterrompue des Gilets jaunes. Enfin, une « dédicace à tous les peuples du monde en révolte » se concluant par « les peuples du monde entier veulent la chute du système » a été adoptée dans l’enthousiasme. Impressionnés par leurs capacités d’auto-organisation qui ont permis le succès de cette ADA4 et gonflés à bloc, les Gilets jaunes se sont redonné rendez-vous pour l’ADA5. Son sujet principal sera : « Sortir du capitalisme ». 

Correspondants