Lecornu n’a qu’une mission : tenir jusqu’à la présidentielle, malgré l’absence de majorité à l’Assemblée et de base dans la société pour la poursuite des politiques néolibérales, et tout en faisant avancer cet agenda au gré des rapports de forces.
La crise politique prolongée ne s’est pas miraculeusement résolue pendant la pause parlementaire. Les élections municipales ont confirmé les divisions politiques qui traversent le pays.
Des revers en série pour le gouvernement
La reprise des débats à l’Assemblée confirme chaque jour l’absence de majorité. Et à un an d’échéances électorales centrales, le bloc macroniste est en désagrégation. Les lignes et les ambitions concurrentes prennent le dessus à mesure qu’approche le moment où le leadership de Macron ne va plus être opérant.
Le gouvernement a ainsi accumulé les revers : retrait de la proposition de loi Yadan, abandon du texte sur le travail du 1er Mai, rejet du projet sur les ruptures conventionnelles. La faiblesse du gouvernement laisse de la place pour des victoires à gauche à travers des mobilisations.
Si le gouvernement et sa majorité ont cédé sur la proposition de loi Yadan, c’est avant tout parce qu’ils n’étaient pas en mesure de la faire adopter. La mobilisation, les prises de position, les centaines de milliers de signatures et le travail parlementaire de LFI ont pesé dans ce rapport de forces.
De la même manière, un front syndical et politique solide sur le 1er Mai et la crainte d’une très forte mobilisation l’ont fait renoncer au passage en force législatif.
Mais l’attentisme du mouvement social et la soumission de l’essentiel de la gauche à l’agenda institutionnel ne permettent pas de créer, pour le moment, un mouvement d’ensemble pour imposer des ruptures, et laissent la place aux manœuvres politiciennes de tous types.
Des contournements antidémocratiques
Sur la loi Yadan, le gouvernement annonce vouloir déposer lui-même un projet de loi en juin, ce qui lui donnerait bien plus de leviers qu’une proposition parlementaire. On ignore encore s’il en reprendra le contenu ou s’il s’agit surtout d’un effet d’annonce pour masquer une défaite. Une chose est certaine : l’issue dépendra de notre capacité à maintenir la pression (lire page 4 notre article sur la mobilisation étudiante).
De même, sur le 1er Mai, le gouvernement annonce une loi pour l’an prochain (ce qui ne l’engage à rien) mais surtout il donne des consignes pour ne pas verbaliser les boulangeries et les fleuristes qui feraient travailler leurs salariéEs dès cette année (lire page 5 notre dossier sur le 1er Mai), contournant la loi comme le Parlement.
Plutôt que d’affronter une Assemblée ingouvernable, l’exécutif mobilise les artifices les plus antidémocratiques de la 5e République pour faire avancer son agenda sans tomber. On est bien loin de la promesse de la méthode Lecornu de « rendre le pouvoir » au Parlement, au nom de laquelle le centre gauche l’avait sauvé de la censure.
La gestion budgétaire en est encore un exemple. Le gouvernement prévoit de geler 6 milliards d’euros de dépenses, pourtant prévues au budget, sans passer par une loi de finances rectificative : 4 milliards d’euros pour l’État et 2 milliards pour la Sécurité sociale. Un tour de vis austéritaire sans même un débat parlementaire.
Une majorité de projets… avec l’extrême droite
Les lois que le gouvernement parvient à faire adopter sont celles qui sont soutenues par l’union des droites. La loi de « simplification » en est l’illustration, avec des reculs importants, comme la suppression des zones à faibles émissions ou l’assouplissement des règles contre l’artificialisation des sols, et au détriment de la démocratie environnementale (lire notre article sur le site, lien page 6).
Il ne fait pas de doute qu’il en ira de même pour la révision de la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit encore 36 milliards d’euros supplementaires.
En parallèle, Le Pen et Bardella donnent tous les gages possibles au patronat et aux actionnaires, en assumant des politiques néolibérales (lire ci-contre le No comment). Car ce que les impasses institutionnelles et les dénis démocratiques favorisent, c’est l’arrivée au pouvoir du RN, à laquelle se rallient de plus en plus de secteurs de la bourgeoisie et de la droite, y compris du grand patronat.
Nous ne devons pas rester l’arme au pied, avec comme seule perspective les échéances électorales à venir, mais nous saisir de toutes les dates de mobilisation pour en faire des démonstrations d’unité et de force : le 1er Mai, lors des prides (lire page 6), contre le sommet du G7 à Genève mi-juin… Pour construire, dans les luttes, l’unité de notre camp face aux attaques et au fascisme.
Olivier Lek Lafferrière