Publié le Jeudi 20 mai 2021 à 08h00.

Macron continue à jouer les apprentis-sorciers

Les manœuvres tactiques de la Macronie à l’occasion des régionales sont un pas supplémentaire dans la cornérisation de la droite et la construction du duel Macron-Le Pen.

On pourrait dire que ce n’est pas très original : depuis son élection, nous avons caractérisé la position de Macron comme instable du fait de son absence de base sociale et d’appareil politique autre que l’appareil d’État. Ce qui, du fait des institutions parfaitement anti-démocratiques de la 5e République permet d’exercer le pouvoir, en tendant à renforcer d’un côté l’autoritarisme et l’instabilité galopante de l’autre.

Durcissement autoritaire

L’autoritarisme a été la seule réponse aux contestations sociales : aux cheminotEs, aux Gilets jaunes, aux salariéEs mobilisés contre la réforme des retraites, aux jeunes réclamant la justice climatique ou l’arrêt des violences policières, racistes, sexistes, Macron et son gouvernement ayant renoncé à convaincre, n’ont pu imposer leurs contre-réformes que par le durcissement de l’arsenal juridique et policier. Alors quatre ans après son élection, celui qui avait prétendu incarner le dynamisme, la compétence, le renouvellement politique et la détermination à savoir où il va, perd sur tous ces terrains dans les sondages. Il n’y a qu’un point sur lequel il augmente, celui d’être identifié comme le « président des riches ». Conséquence logique : 66 % des personnes interrogées ne souhaitent pas qu’il se représente. Quant à celles et ceux qui envisagent de pouvoir voter pour lui, leur pourcentage augmente avec le niveau de leurs salaires…

Finalement la seule chose qui, du côté du mouvement social, évite à Macron la convergence des colères, c’est, d’une part, l’éclatement de la gauche politique discréditée par son bilan institutionnel et, d’autre part, l’affaiblissement chronique des organisations syndicales sur le plan numérique mais aussi de leur combativité sociale. Considérant donc qu’il n’y a pas de danger de ce côté, Macron peut se consacrer à réduire la place des partis de droite pour s’ériger en unique rempart contre l’extrême droite.

Manœuvres tactiques

La séquence des régionales donne une visibilité nationale à ces manœuvres tactiques qui avaient commencé avec les municipales. Sur tous les terrains Macron assèche l’espace politique de la droite en ayant capté dans sa majorité une partie d’entre elle (Modem, Agir), mais surtout en mettant en œuvre le programme des Républicains : des exonérations fiscales aux coupes dans les services publics en passant par la chasse aux migrantEs et aux « assistéEs », la loi séparatisme et l’augmentation du nombre de policiers. Il n’est donc pas étonnant qu’un nombre croissant de dirigeants des Républicains se définissent comme « Macron-compatibles ». Mais cela ne suffit pas. On se trouve donc dans cette situation improbable d’une majorité présidentielle (hégémonique à l’Assemblée malgré les déperditions) qui ne se présente pas à des élections pour les gagner, espérant au mieux éviter de faire trop souvent des scores à un seul chiffre. L’objectif est de mettre les Républicains dans les cordes, de faire trébucher tel candidat en puissance pour la présidentielle, en faisant la démonstration que LR doit choisir entre l’alliance avec les macronistes ou la capitulation devant l’extrême droite de Marine Le Pen.

Il serait présomptueux d’anticiper sur la traduction dans les scores électoraux de ces faux suspens complaisamment entretenus par les médias comme celui, insoutenable, en PACA, d’autant plus que l’abstention risque d’atteindre de nouveaux records. Ce dont on peut être sûr, c’est que la politique en sortira encore plus déconsidérée et associée à la manœuvre d’appareils étrangers et hostiles au monde du travail et à la jeunesse. Et surtout le grand gagnant est connu, ce sera le RN qui se renforcera dans les conseils régionaux apparaissant comme la seule force d’alternative. Le RN n’a même pas besoin de faire campagne sur un programme, il lui suffit d’être l’opposant à battre pour espérer récolter un maximum de voix et se placer en pole position pour la présidentielle.