Publié le Mercredi 17 octobre 2018 à 11h14.

Marseille : la bataille de la Plaine est lancée

Quand la mairie de Marseille décide de détruire un lieu de vie des classes populaires.

La place Jean-Jaurès, que l’on connaît sous le nom « la Plaine », est un lieu de rendez-vous, un lieu de vie, avec son marché populaire, ses restaurants, ses bars associatifs, un terrain de jeux pour enfants où viennent les familles du quartier, des parties de pétanque, de foot, qui n’en finissent pas. Et même une fanfare les nuits d’été.

Un espace de 25 220 m² que la mairie entend détruire, avec un projet dont le coût prévisionnel avoisine les 13 millions d’euros, si le budget est respecté. Il sera piloté par la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise) : 3 ans de travaux, 3 ans où la vie du quartier sera en sommeil, façon de parler puisque le bruit des marteaux-piqueurs et des bulldozers sera permanent. Mais cette transformation ne répond pas aux besoins exprimés par la population lors des deux concertations, en novembre 2015 et en mars 2017.

Ce ne serait pas la première fois que l’on verrait une transformation rimer avec expulsions des bas salaires. Et voir un quartier devenir inaccessible aux classes populaires. 

L’opération c’est aussi l’abattage de 115 des 202 arbres. La mairie parle de 70 arbres « neufs », mais il faudra plus de 20 ans pour obtenir sur la Plaine la même ombre qu’aujourd’hui : 20 ans de parasols et de cagnard.

« Aucun avis pris en compte »

« Que les choses soient claires, nous ne sommes pas contre un projet de rénovation de cette place qui en a bien besoin, mais pas dans les conditions présentées par la Soleam », explique Bruno Le Dantec, membre de l’assemblée de la Plaine. « Aucun des avis lors des rares consultations qui ont eu lieu, n’a été pris en compte. Sur les registres, près de 80 % des personnes se disaient opposées au projet, ou tout du moins à ce qui était proposé », rappelle Marta, elle aussi membre de l’assemblée de la Plaine. « Il s’agit déjà d’un lieu de vie de proximité. Ils parlent d’améliorer les lieux de convivialité mais il n’y a même pas un terrain de pétanque… En lieu et place du terrain de pétanque et de foot, ils prévoient d’installer des brumisateurs alors qu’ils n’arrivent même pas à entretenir une fontaine… »

Et cela au moment même où certains élus sont épinglés pour des aménagements « douteux ». Le service de l’urbanisme de la ville vient ainsi d’épingler l’adjoint au patrimoine, André Malrait, suite à des révélations de Marsactu sur la construction d’un garage à deux roues, qui ressemble plus à un studio, sans autorisation. Sans parler d’un terrain annexé à la villa Gaby, et revendu à une société civile immobilière détenue, en partie, par Didier Parakian, adjoint LR au commerce. De quoi faire dire à certainEs MarseillaisES que Gaudin distribue des cadeaux avant son départ…

Répression policière

« Vers la fin du marché de jeudi [11 octobre], des policiers municipaux et nationaux sont arrivés pour observation. Puis quelqu’un nous a dit qu’un camion arrivait, chargé de blocs de béton », résume Christophe, membre de l’assemblée de la Plaine. Il s’agissait de condamner les différentes entrées de la place, ce qu’ont voulu empêcher les quelque 150 manifestantEs, dont les rangs ont progressivement grossi. « Les gens ont bloqué le camion avec des poubelles. Les CRS, plus d’une centaine, sans compter la BAC, ont arrosé la place de gaz lacrymogène. Après le départ des troupes, il a fallu 20 minutes à la population, dans une action collective, pour déplacer les blocs et ouvrir les passages. »

Depuis, chaque jour, les CRS reviennent. En face, les habitantEs et soutiens viennent leur rappeler que cet espace est leur lieu de vie, mais font face aux multiples provocations de la BAC ou subissent, comme samedi dernier, le pilonnage par les lance-grenades des CRS.

La bataille de la Plaine continue…

Moussa (NPA Marseille)

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