Publié le Mercredi 25 février 2026 à 11h00.

Une inquiétante complaisance avec le fascisme

La séquence marque une nette accélération de la fascisation du débat public. Minute de silence à l’Assemblée, diabolisation de l’antifascisme, complaisance envers l’extrême droite… Face à cette offensive politico-médiatique, la gauche sociale et politique doit se hisser à la hauteur de la situation et construire un véritable front antifasciste.

L’air politico-médiatique est irrespirable. La minute de silence à l’Assemblée en hommage à un militant d’extrême droite passé par plusieurs groupuscules néofascistes résume l’accélération brutale de la ­fascisation en cours.

Le monde à l’envers

Les plateaux sont saturés d’éditorialistes dénonçant « l’ultra­gauche » et l’antifascisme. La candidate de la « droite républicaine » à Marseille assume reprendre le slogan de Pétain, la ministre chargée de la lutte contre les discriminations reprend le vocabulaire de l’anti-­France venu de l’extrême droite antidreyfusarde, toute une partie du spectre politique et médiatique veut un cordon sanitaire… contre la principale force de gauche du pays ! L’antifascisme, l’extrême gauche et LFI sont construits comme le danger absolu. Souligner le danger de l’extrême droite devient ­saugrenu.

Il n’y a eu aucune séquence nationale comparable après le meurtre du militant antifasciste Clément Méric en 2013 puis celui du rugbyman Federico Martín Aramburú en 2022, tous les deux assassinés par des militants d’extrême droite. L’immense majorité des meurtres à caractère idéologique est pourtant imputable à l’extrême droite. Et encore, c’est sans compter l’immense majorité de la violence politique, qui est celle de l’État, par sa politique meurtrière aux frontières et par son traitement policier des ­personnes racisées.

Le message est clair. Il y a des vies qui comptent et des vies qui ne comptent pas, en fonction de la place dans l’ordre politique et social de qui est tué et de qui est accusé. La hiérarchie des indignations révèle une hiérarchie des vies.

Tapis rouge pour l’extrême droite

La complaisance actuelle avec le fascisme s’inscrit dans un contexte lyonnais marqué de longue date par l’activisme de groupuscules violents. Attaques de conférences, expéditions racistes, agressions de militantEs, violences contre des librairies ou des collectifs antiracistes : cette réalité ­constitue l’arrière-plan dans lequel se sont développées des stratégies en réponse. L’autodéfense antifasciste ne surgit pas spontanément : les pratiques de protection collective naissent d’agressions répétées, tolérées ou pire par les pouvoirs publics.

Depuis quelques jours, cette violence s’est accrue. Permanences politiques vandalisées, locaux syndicaux et politiques ciblés, menaces de mort, campagnes de harcèlement en ligne : les attaques se sont multipliées. À Lyon, plus de 3 000 personnes ont marché derrière des banderoles faisant du fasciste décédé un « martyr », aux côtés de figures connues de la mouvance nationaliste-­révolutionnaire. Des saluts nazis, insultes racistes et symboles néofascistes ont été signalés à la justice, pendant que nombre de commentaires soulignent que la marche s’est bien passée car il n’y a pas eu de vitrine ou de poubelle ­endommagée…

Ce basculement ne relève pas d’un emballement ponctuel mais d’une stratégie de normalisation, qui se sert de chaque occasion pour faire sauter de nouvelles digues. Il s’agit d’un véritable tapis rouge déroulé à l’extrême droite. 

Face au danger existentiel, un front antifasciste !

La séquence est porteuse d’immenses dangers, aussi bien par l’encouragement aux violences fascistes contre les militantEs, les personnes racisées et les LGBTQIA+, que par les menaces de répression, d’interdictions, de dissolutions, d’empêchement des organisations de notre camp social. C’est tout le mouvement ouvrier, toute la gauche, tout le mouvement pour l’égalité et l’émancipation dont les conditions d’existence même sont mises en cause par la fascisation actuelle.

L’enjeu dépasse donc de loin les concurrences électorales, et les règlements de comptes politiques à gauche ne sont pas à la hauteur. Ni l’alignement sur les positions les plus droitières ni le sectarisme ne permettront de créer les conditions pour sortir de la nasse politico-médiatique.

La seule réponse est de faire front : organisations politiques, syndicales, associatives doivent prendre des initiatives communes, qui permettront aussi aux équipes militantes et aux classes populaires de sortir de la sidération provoquée par l’offensive en cours et de se mettre en mouvement, tant qu’il en est encore temps.

Le NPA-l’Anticapitaliste va prendre des initiatives en ce sens, pour que se construise un front antifasciste, contre le racisme, pour la démocratie et le progrès social.

Martin Hache et Olivier Lek Lafferrière