Après avoir annoncé « aucune consigne de retenue », Nuñez refuse de s’excuser auprès des lycéenNEs blesséEs. À Tours, un jeune a perdu un œil ; à Lens, une grenade policière a arraché la main d’un élève de 15 ans ; à Belfort, un adolescent accuse un policier d’avoir tenté de le noyer, et des sénateurs LR réclament pour cet agent la Légion d’honneur ! Avant le 6 octobre, le ministère de la Justice recensait déjà 5 060 gardes à vue, dont 4 406 mineurEs. Le pouvoir veut terroriser une génération. En vain.
Cette révolte est inédite par son ampleur, sa nature politique et la répression qu’elle subit. Partie des quartiers populaires, elle est devenue un mouvement d’ensemble. En réclamant moyens et égalité, les lycéenNEs raciséEs expriment aussi leur volonté de reprendre collectivement du pouvoir sur leur vie, face au tri scolaire, à Parcoursup et aux discriminations. C’est d’abord cette jeunesse, déjà confrontée au racisme policier, que frappe la répression : élargir le mouvement exige de porter ses aspirations sans effacer sa dimension antiraciste.
Refusons donc le partage entre un mouvement « légitime » et des « débordements » qui lui seraient extérieurs : il reproduit des hiérarchies racistes et de classe. Dégradations matérielles et résistance aux agressions policières font aussi partie de la mobilisation. La lutte de cette jeunesse pour son avenir, et le refus de laisser une génération se faire massacrer par la police, sont au cœur du combat contre la fascisation : l’omniprésence des slogans antifascistes dans les cortèges témoigne de sa lucidité.
L’appel intersyndical au 5 novembre n’est pas à la hauteur. Ne nous épuisons pas à le commenter : la mobilisation massive du 6 appelle des suites immédiates, à construire avec les équipes syndicales combatives et tous les cadres unitaires de lutte. Soyons chaque jour au plus près des lycéenNEs pour soutenir leur organisation et nous interposer face à la répression. Étendons la grève partout où c’est possible. Organisons aussi des mobilisations rassembleuses hors du temps de travail, en faisant du 17 octobre un point d’appui pour unir exigences sociales et combat antiraciste. Mais n’attendons pas le 17 : cette révolte peut changer le rapport de forces, à nous toustes de l’étendre dès maintenant.
Contre le racisme, l’austérité et la répression, ce mouvement est une révolte politique contre l’ordre capitaliste.