Publié le Mercredi 7 janvier 2026 à 23h35.

Centre d’études marxistes : intersectionnalité et lutte de classes

Lundi 15 décembre, le Centre d’études marxistes (CEM) a réuni Sarah Mazouz, Sarah Mako et Aurore Koechlin sur le thème « Intersectionnalité et lutte de classes ». Une soirée permettant de déconstruire les oppositions entre les différentes oppressions et de repenser leur articulation au sein du capitalisme et des stratégies de lutte.

Sarah Mazouz, sociologue et chercheuse au CNRS, a d’abord rappelé que la notion d’intersectionnalité, formulée par Kimberlé Crenshaw en 1991, n’a jamais consisté à additionner les oppressions individuelles ni à établir de hiérarchie entre elles, mais à comprendre comment elles peuvent coexister et s’articuler dans des situations concrètes. Elle a ainsi montré comment, dans le monde du travail notamment, être une femme, être une femme racisée ou être un homme racisé ne signifie pas la même chose et l’importance, y compris pour la lutte de classes, de penser simultanément les combats à partir des expériences des plus oppriméEs.

C’est ensuite Sarah Mako, étudiante en sciences économiques et sociales et militante, qui, en s’appuyant notamment sur les travaux de Claudia Jones, a mis en évidence les limites de la manière de penser le mouvement ouvrier comme homogène et a souligné l’existence d’intérêts contradictoires et de mécanismes de domination au sein même de cette classe. À travers la notion de « triple oppression », elle a analysé la surexploitation spécifique des femmes noires ainsi que la division raciale du travail, depuis l’industrie et le bâtiment jusqu’au capitalisme de plateforme. Elle a montré comment la précarité, l’ubérisation et la racialisation de la main-d’œuvre entravent l’organisation collective et la formation d’une conscience de classe unifiée.

Enfin, notre camarade Aurore Koechlin, sociologue et militante féministe, a proposé une réflexion sur les usages militants de l’intersectionnalité en France. Elle a retracé l’appropriation progressive de l’intersectionnalité dans les mouvements féministes et à l’université, tout en soulignant les résistances qu’elle suscite, y compris à gauche. Elle a insisté sur les enjeux stratégiques que l’intersectionnalité pose pour les organisations révolutionnaires : rompre avec l’universalisme abstrait, interroger les angles morts des pratiques militantes et construire des cadres de lutte capables d’intégrer les expériences des femmes, des personnes racisées, des travailleurEs précaires.

Rendez-vous lundi 12 janvier avec Ugo Palheta et Fanny Gallot pour le prochain CEM sur le thème « Internationale néo­fasciste et politique des oppriméEs ».

Cyrielle L. A.