Samedi 4 avril, sur le Vieux-Port de Marseille, au pied du Mucem, plusieurs centaines de personnes se pressaient sur la jetée pour acclamer les 19 bateaux humanitaires de la flottille prenant la mer en direction de Gaza.
Prises de parole, slogans, musiques et même une batucada aux couleurs de la Palestine : la ferveur et l’espoir étaient palpables. « Bravo, on est fier de vous », crient les gens au passage des bateaux devant la jetée.
À l’Estaque, une organisation populaire
L’espoir animait aussi les militantEs des flottilles le matin, au port de l’Estaque. Après des mois de travail sur un chantier improvisé mais mené à son terme, grâce notamment à la mobilisation des habitantEs de ce quartier de Marseille, les flottilles sont enfin prêtes pour le départ.
« On a déjà gagné », nous dit Nemo, skipper du bateau le Ryoko, renommé « le Nour » en hommage à la lutte des femmes palestiniennes. « C’est une victoire dans le sens où on a réussi à s’organiser de manière non hiérarchique, de manière autonome et on a réussi à prendre cet endroit, donc c’est une victoire populaire, car on n’a rien attendu. »
La coalition avait contacté plusieurs ports, mais aucun ne leur avait répondu, et le chantier s’est donc installé à l’Estaque sur proposition de ses habitantEs. Là, la préparation des bateaux et la vie collective ont fonctionné grâce à l’auto-organisation : « on travaille sous forme de collectif, avec des pôles de compétences, des pôles de désirs, des pôles qui font sens pour les personnes. Et les personnes s’investissent là-dedans », nous explique Nemo.
Une mobilisation multiforme
Cette motivation de toustes s’enracine bien sûr dans la continuité de la mobilisation pour la Palestine de ces deux dernières années, mais elle se trouve aussi dans l’engagement politique de chacunE.
« C’est la lutte de tous les peuples opprimés qui est symbolisée par la lutte du peuple palestinien », affirme Tino, militant embarqué et membre du pôle navigation. Pour lui, la flottille « c’est aussi un moyen de mobiliser à terre autour de la question palestinienne et des questions anti-impérialistes ». Il pense que la question de la guerre va être centrale ces prochaines années et espère que la flottille permettra « un front large et commun contre la guerre ».
Au-delà des symboles, Claude Léostic (AFPS) rappelle que le génocide est toujours en cours à Gaza et que « cette flottille humanitaire est d’abord en direction des PalestinienEs, pour leur montrer que notre solidarité est intacte ». Mais pour elle, cette initiative est aussi en direction de nos dirigeants dont « le comportement est scandaleux et illégal ». Elle décrit la flottille comme une pression citoyenne pour faire « bouger les lignes », un message pour que cesse la complicité de nos dirigeants avec les politiques génocidaires et coloniales d’Israël.
« Nous, on essaye syndicalement de faire pression depuis nos lieux de travail pour que cessent les partenariats avec Israël », déclare Linda Sehili, membre de la commission internationale de l’union syndicale Solidaires. « Cette flottille c’est la continuité de nos actions militantes, politiques et syndicales. Et ce n’est que le début, il va falloir qu’on se remobilise partout sur le territoire avec des collectifs pour le droit à l’autodétermination des PalestinienNEs. »
Face au génocide, construire la solidarité
Il y a effectivement urgence à se remobiliser : la nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les PalestinienEs et la loi Yadan sont au centre des discussions. Une brutalisation du colonialisme occidental préoccupante, alors que, comme vient de le révéler un rapport d’Urgence Palestine et Palestine Youth Movement, « entre octobre 2023 et mars 2026, plus de 525 cargaisons de matériel militaire ont été expédiées par des fabricants français » à Israël.
Face à ces flux de mort, la flottille incarne donc un flux de solidarité. Elle transporte notamment du matériel médical, des semences et de quoi réparer les bateaux de pêche. Évidemment, la flottille n’est pas une fin en soi. C’est un point d’ancrage pour la construction d’un grand mouvement de solidarité. C’est là l’enjeu pour toustes les militantEs et toutes les organisations de cette flottille.
C’est ce qui motive Tino : « La flottille c’est un moyen d’action qui permet de retrouver de la prise sur les choses. Tout le monde se sent très impuissant face à la situation là-bas. Faut rester humble, on ne va pas changer la face du monde, mais c’est un vecteur d’espoir. »
William Donaura et Nico Dix