La campagne de Marine Le Pen aurait mal commencé. Sa condamnation pèse sur ses déplacements, Bardella renâcle sur le voile ou les retraites et les rivalités entre entourages s’étalent dans la presse. Ces désaccords ne doivent pas masquer l’essentiel : rien de tout cela n’entame sérieusement la dynamique du RN.
La force du RN ne repose pas sur l’harmonie de son état-major. Elle se nourrit de la crise sociale et du discrédit des partis, de droite comme de gauche, qui ont gouverné ces dernières décennies. Le RN a progressivement imposé une lecture raciste de la crise : au lieu de désigner le capitalisme et les politiques à son service comme étant à l’origine de la précarité et de la destruction des services publics, il en fait porter la responsabilité aux « étrangerEs » — entendu non pas seulement au sens administratif, mais comme catégorie ethno-raciale.
Car derrière les hésitations tactiques, le socle ne bouge pas : autoritarisme, préférence nationale, obsession migratoire, racisme, et tout particulièrement islamophobie. Le débat interne sur l’interdiction du hijab dans l’espace public est éclairant : Marine Le Pen a tranché et l’interdiction reste au programme, soumise à référendum.
C’est pourquoi se rassurer de ce début de campagne serait une faute. Le RN a à peine besoin de faire campagne. Fascisation et crise sociale s’alimentent mutuellement : tant que les perspectives d’amélioration pour toustes sont éloignées, la « peur du déclassement » se croise avec le racisme qui structure toute la société, la division du travail et les « relations internationales ».
Or une victoire du RN lui donnerait les commandes d’un appareil d’État déjà autoritaire — police, justice, institutions — pour frapper d’abord les non-BlancHEs, les femmes, les LGBTI+, puis l’ensemble de notre camp social.
Le danger RN n’est donc pas derrière nous, bien au contraire. Le combattre exige de reconstruire l’espoir social comme de former un front antifasciste et antiraciste, dans les luttes comme dans les urnes. Nous devons être ensemble dans la rue le 24 octobre à Orléans contre la tenue de son congrès.