Publié le Dimanche 13 mars 2016 à 15h25.

Quand la politique du risque remplace la notion du « risque zéro »

De nombreuses régions du monde, en particulier en France, sont dans un environnement nucléaire semblable à la région de Fukushima. D’importantes agglomérations autour des installations nucléaires, poids de cette industrie dans l’économie, qui, en cas d’accident, créent le risque d’une grave crise économique et d’un afflux de réfugiéEs internes...

Ce constat poussent les organismes internationaux, AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), OMS (Organisation mondiale de la santé), CIPR (Commission internationale de protection radiologique) à renoncer au principe du risque zéro qui dominait jusqu’à maintenant et à travailler sur la gestion des accidents nucléaires. à ce titre, la région de Fukushima est devenue un laboratoire.

L’explosion de la centrale de Tepco à Fukushima a engendré une contamination irrégulière au sein et au-delà du département de Fukushima. Le taux de radio-activité dans l’air, comme au sol, excède par endroit 10 à 20 fois le taux de contamination internationalement admis comme acceptable pour la population civile, soit 1 mSv/an.

« La société de la catastrophe »

Face à une telle situation, les chercheurs en sciences sociales au service de ces agences utilisent aujourd’hui la notion de résilience (une notion d’abord utilisée en physique des matériaux pour décrire l’élasticité d’un corps qui aurait la capacité de retrouver sa forme initiale après avoir accusé un choc), afin de déterminer des modèles qui permettraient à nos villes et à leur population de résister aux périls afin de « digérer » les multiples risques naturels ou humains au lendemain d’un accident nucléaire. C’est sur cette politique de la résilience que s’est penchée la sociologue Cécile Asanuma-Brice (chercheure associée au centre de recherche de la Maison franco-japonaise à Tokyo)1

  • 1. De la vulnérabilité à la résilience (23 novembre 2015): http ://www.raison-publique.fr/a…].

    Elle commence par constater que « La communication sur le risque remplit un rôle important dans l’instauration à des fins politiques, de la résilience » et souligne qu’à partir du moment où la notion de risque zéro est abandonnée, « la société du risque est celle de la catastrophe, une société où l’état d’exception menace de devenir un état normal ».

    Ce processus est particulièrement flagrant dans la gestion de la catastrophe de Fukushima. Face à une telle situation, dès avril 2011, les autorités ont relevé les normes de protection à 20 mSv/an dans la région la plus polluée, afin de limiter la surface de la zone d’évacuation. Il est aujourd’hui question de la relever à 100 mSv/an. Cette remise en cause de la norme de sécurité a été observée dans divers domaines. Le taux d’acceptabilité maximal de la radioactivité a également varié dans le secteur de l’alimentation, passant tour à tour d’une limite de 100Bq/Kg à 500Bq/Kg, pour redescendre à 300 Bq/Kg.

    La sociologue constate ainsi que « Normes et seuils sont fixés et permettent la mise en œuvre d’une politique qui tend à assigner la population à demeure, voire à l’inciter au retour à la vie dans des zones pourtant contaminées au vue des normes internationales. Ainsi, l’individu se voit contraint d’assumer financièrement (l’état ne lui délivre pas de subvention pour élaborer sa protection) et physiquement (l’individu est amené à prendre la responsabilité du refuge ou de la gestion du quotidien dans un environnement sali) ».

    Vivre en secteur contaminé

    C’est poussé par la France, et notamment par le CEPN (Centre d’étude sur l’évaluation de la protection dans le domaine nucléaire) dont font partie Électricité de France (EDF), l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Areva, ainsi que par les organismes internationaux, que le Japon mène depuis cinq ans une politique de formation et d’intégration des populations, dans le cadre du programme ETHOS. Celui-ci vise à donner le sentiment aux habitants d’une certaine maîtrise « du processus décisionnel par la prise en considération de ses requêtes », mais avec pour seul objectif de les habituer à vivre en secteur contaminé.

    C’est à Fukushima, avec la population comme cobaye, que nos gouvernants et l’industrie nucléaire élaborent la gestion d’un futur et malheureusement probable accident nucléaire en France.