Publié le Mercredi 28 octobre 2026 à 17h46.

Génération canicule

La jeunesse fait de ses murs une question climatique.

 

Parti de Mayotte fin août, puis de Créteil mi-septembre, le mouvement lycéen et étudiant pose une des questions que le pouvoir refuse d’entendre : qui paie l’adaptation au réchauffement ? Analyse d’une révolte qui relie austérité, capital fossile et justice climatique.

 

Étudier à 35 °C

Le 17 octobre, 800 000 personnes ont défilé contre la vie chère, aux côtés des lycéenNEs et étudiantEs mobiliséEs depuis un mois. Début octobre, plus de mille lycées étaient touchés sous une répression policière inédite. Réduire cette révolte à un ras-le-bol scolaire serait passer à côté de ce qu’elle dit de l’époque et des revendications.

L’état du bâti scolaire est au cœur des revendications. Rien de technique là-dedans : dès fin mai, le thermomètre dépassait 30 °C dans tout le pays, et les élèves ont planché dans des salles surchauffées voire passé le bac sous 40 °C. À Saint-Denis, au lycée Paul-Éluard, 600 élèves suivent les cours dans des préfabriqués où il fait parfois plus de 30 °C dès 9 heures, sans les ventilateurs promis. À Mayotte, où la mobilisation a démarré dès fin août, les lycéenNEs réclament un point d’eau par établissement. À Besançon, ils et elles exigent la rénovation écologique des bâtiments et l’application des mesures de la Convention citoyenne pour le climat ; à Lyon, l’adaptation au climat figure aux côtés de la fin de Parcoursup. La plateforme commune des organisations de jeunesse exige un plan d’urgence de rénovation. La crise climatique n’entre pas ici par les discours, mais par la matérialité des classes : ce sont les mêmes quartiers populaires qui subissent l’austérité et les îlots de chaleur.

 

Montpellier : le capital fossile dans l’amphi

À la fac des sciences de Montpellier, l’occupation lancée le 6 octobre porte une exigence claire : l’abrogation de la convention signée en juin avec TotalEnergies pour le master Énergie. Adoptée à 14 voix contre 14, à cause de l’arbitrage du doyen, elle associe le géant pétrolier, condamné pour « pratiques commerciales trompeuses » (lire ici greenwashing), à l’évaluation des étudiantEs et à leur formation à la transition énergétique. Les occupantEs conditionnent la levée du blocus à la rupture de l’accord. Une entreprise qui connaissait dès les années 1970 l’impact climatique de ses activités prétend former les ingénieurEs de la « transition » : là où l’État se désengage, le capital fossile s’installe.

 

Fin du mois, fin du monde

Le mouvement a croisé les marches du 26 septembre, plus de 130 000 personnes dans 260 villes pour le climat et la justice sociale, et la colère contre le prix des carburants. Cette convergence n’a rien d’artificiel : la flambée des prix de l’énergie et le dérèglement climatique ont la même source, un système fondé sur les fossiles et la rente capitalistique, comme l’ont rappelé de nombreuses pancartes pendant la mobilisation du 17 octobre.

 

Une vague mondiale

La France n’est pas isolée. Depuis 2025, des révoltes de la « Gen Z » ont secoué le Népal, le Maroc ou Madagascar, où tout est parti des coupures d’eau (un commun accaparé pour la production de biens exportés vers les pays du Nord global) et d’électricité. Partout, la même exigence : l’accès aux biens communs et à des services publics dignes financés par une meilleure répartition des richesses, et donc la fin d’un système de rente basé sur les dominations du capital sur le vivant dans son entier. La jeunesse a ouvert une brèche ; reste à l’élargir.