Publié le Mercredi 28 octobre 2026 à 16h27.

Les révoltes de la « Gen Z » : une Internationale des luttes ?

La révolte actuelle de la jeunesse française réveille les souvenirs de Mai 68. Mais de la même manière que 1968 a été en réalité un mouvement international des générations du « baby-boom » de Prague à Washington en passant par Mexico, la France de 2026 n’est pas davantage un foyer isolé de la contestation.

 

Depuis deux ans, de nombreuses révoltes de ce qu’on appelle la « Gen Z » secouent la planète. Ces luttes a priori disparates interrogent sur leur multiplication et leur simultanéité. On peut y voir l’entrée en lutte d’une nouvelle génération, marquée par des modalités d’organisation nouvelles (horizontalité, place des réseaux sociaux) ; mais au-delà de leurs formes, ces soulèvements témoignent de l’émergence, à l’échelle internationale, d’une jeunesse qui refuse qu’on sacrifie son avenir.

 

Un phénomène planétaire

Dans le monde entier, les foyers de contestation se multiplient : au Népal, au Maroc, à Madagascar, au Pérou, en Indonésie ou en Turquie, la « Gen Z » qui s’est soulevée en 2024 et 2025 continue de se mobiliser, même si elle n’a pas toujours remporté des victoires. En Argentine, des protestations massives ont lieu en faveur de l’université publique et de l’éducation gratuite. En Inde, des scandales sur les ­systèmes d’examens et la colère contre le chômage aboutissent aujourd’hui à une fronde politique majeure contre le régime de Narendra Modi, structurée autour du « Parti des Cafards ».

En ce moment même, des mouvements de protestation de la « Gen Z » ont lieu dans de nombreux pays européens (Portugal, Espagne, Italie, Grèce, Allemagne…) ; en Albanie, la « révolution des flamants roses » du printemps dernier a accouché d’une convergence des luttes entre écologistes et étudiantEs et d’une situation insurrectionnelle ; en Serbie, la mobilisation de la jeunesse depuis deux ans n’a jamais faibli et aboutit aujourd’hui à un changement de régime historique par la victoire électorale du « Mouvement des étudiants ».

 

Partout dans le monde, une même aspiration à la dignité

Le processus à l’œuvre dans ces révoltes du monde entier est assez semblable : face à un pouvoir souvent rigide, autoritaire ou corrompu, l’étincelle vient du rejet d’une injustice majeure, qui peut porter sur la pauvreté et les inégalités sociales, le droit à l’éducation, la qualité des services publics, la probité de la classe politique, la prédation des ressources… Les revendications sont diverses, mais elles se rejoignent en réalité dans le refus de voir la dignité du peuple bafouée par des conditions de vie dégradées, au profit de l’enrichissement de quelques-uns.

Face à ces révoltes, la réponse du pouvoir est toujours la même : surdité et répression, parfois jusqu’aux massacres comme en Iran en janvier dernier avec plus de 30 000 tuéEs dans les manifestations et des centaines d’exécutions. Tous les gouvernements confrontés à ces mouvements, y compris en France, n’y répondent que par le déploiement massif des forces de police, des arrestations de masse, la criminalisation du mouvement et la mise en œuvre de mesures sécuritaires d’exception.

Mais la répression conduit bien souvent à la politisation accélérée d’une jeunesse qui comprend bien ce que signifie la fascisation du monde capitaliste, un système qui ne tient plus que par un autoritarisme de plus en plus assumé. À cet égard, nous pouvons dire que le soulèvement planétaire de la « Gen Z » est non seulement antifasciste, mais qu’il est profondément socialiste si on considère, pour reprendre les mots du philosophe étatsunien Cornel West, que « l’engagement fondamental [du socialisme] est de défendre la dignité des gens ordinaires et de veiller à ce qu’ils puissent mener une vie décente ».

Du mot « socialisme », l’écrivain Joseph Andras dit dans son ouvrage La Vie bonne. Notre socialisme : « Il se trouve simplement que les humains l’ont choisi pour dire ensemble la dignité, l’espoir et la libération ». Aux militantEs anticapitalistes du monde entier d’aider ce mot à advenir.