Publié le Dimanche 9 avril 2017 à 09h23.

La police, on en fait quoi ?

Dans les mouvements sociaux qui se sont succédé, de Sivens à la COP21 en passant par la lutte de Notre-Dame-des-Landes, dans toutes les manifestations contre la loi travail, mais aussi dans les quartiers populaires ou la chasse aux migrantEs, la police a été particulièrement mobilisée...

Choyée par le gouvernement...

9 341 postes créés dans les forces de l’ordre depuis 2012... avec 4 600 jeunes qui vont sortir de l’école de police rien que cette année ! Des crédits nouveaux ont permis l’achat d’équipements, de voitures et surtout le surarmement : fusils à pompe, fusils d’assaut, pistolets mitrailleurs Beretta, Tasers, lanceurs de balles de défense, grenades de désencerclement... Cette police surarmée est la plus armée de toutes les polices européennes. Ce qui incite à la toute puissance de policiers : multiplication des contrôles au faciès, injures et tutoiements réguliers, notamment contre les jeunes des quartiers populaires et les migrantEs, violences lors des manifestations provoquant des blessures graves.

Alors qu’en moyenne, une personne meurt chaque mois lors d’une intervention policière, sur les 59 affaires où des agents ont fait usage de leur arme entre 2012 et 2016... seuls deux policiers ont été renvoyés devant un tribunal !

Des comportements factieux

Il y a quelques mois, des policiers n’ont pas hésité à manifester sous les fenêtres de la Garde des sceaux, Christiane Taubira, accusée de laxisme envers les délinquants. Ce type de manifestation policière est rare : il s’était produit en 1983, après la mort de deux policiers, contre le ministre de la Justice de l’époque Robert Badinter. L’un venait de supprimer la peine de mort et la Cour de sûreté de l’État, et l’autre, femme et Guyanaise, essayait de développer les peines alternatives à l’incarcération... Tout aussi exceptionnel le fait que des policiers marchent sur l’Élysée, de nuit avec armes et en uniforme !

Ces manifestations évidemment interdites et à caractère factieux surviennent lors de crises profondes des institutions, comme le 13 mars 1958 contre l’Assemblée nationale, ce qui avait précipité la fin de la 4e République et l’arrivée du préfet Maurice Papon. Elle annonçait la 5e République, avec sa Constitution autoritaire qui donne quasiment les pleins pouvoirs à l’exécutif.

Et ils ont gagné !

En défiant le Président de la République et son gouvernement, ils ont réussi à s’exonérer du contrôle de la justice, et en se revendiquant hors la loi, la police est devenue encore plus puissante ! En particulier sur l’alignement de leurs conditions de tirs sur celles des militaires, l’anonymat pour certaines opérations, le doublement des peines pour outrage, la possibilité d’armement de toutes les catégories professionnelles assurant la sécurité ou la tranquillité publiques : policiers municipaux, agents de sécurité de la RATP et de la SNCF...

Avec dernièrement des caméras individuelles, essentiellement « pour témoigner de leur bonne foi en cas d’incident », comme l’expliquait alors l’ex-ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, un modèle de vertu...

Ce que nous défendons

Nous demandons la suppression de toutes les polices d’exception, qui sévissent en priorité dans les banlieues et les manifestations. À commencer par la suppression de la BAC créée en 1994 comme « un corps de policiers spécialisés dans les interventions en milieu sensible, notamment les quartiers HLM » par le sinistre ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, inventeur notamment des « voltigeurs » (équipe de deux policiers circulant en moto dans les manifestations, l’un frappant au hasard avec une matraque, responsables de nombreuses blessure graves et de la mort de Malik Oussekine en décembre 1986). Suppression aussi des BST (brigades spécialisées territorialisées) dans les zones dites difficiles : « pas des policiers d’ambiance pour taper dans un ballon, mais des hommes qui iront sur les territoires de façon plus musclée », affirmait leur créateur Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur de Sarkozy en 2010. Ce sont des unités offensives qui expriment par leur suréquipement et leur comportement guerrier une réelle hostilité aux populations.

Nous voulons aussi la disparition des 83 ZSP (zones de sécurité prioritaires) mises en place par Valls qui justifient tous les abus.

Il faut mettre fin au harcèlement par le contrôle d’identité au faciès. Sa seule utilité est politique : elle permet d’exprimer concrètement le rapport raciste de domination sociale.

Et bien sûr nous défendons le ­désarmement de la police...