La catastrophe de Rubaya met en lumière les conditions inhumaines des mineurs artisanaux qui extraient les minerais essentiels aux nouvelles technologies.
Le mercredi après-midi, puis à nouveau le jeudi matin, un pan de la colline où se situe la mine de Rubaya, à 70 kilomètres de la ville de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), s’est effondré, ensevelissant des dizaines de mineurs artisanaux. Les premières estimations font état de deux cents morts, un bilan qui risque d’être bien plus lourd tant le nombre de puits ensevelis est important.
Sous le joug des milices
Cet éboulement est certes la conséquence des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le site, mais aussi de l’absence totale de mesures de sécurité visant à consolider le périmètre où hommes, femmes et enfants travaillent sans relâche, charriant toute la journée des sacs de terre et de coltan, minerai essentiel à l’industrie électronique.
Depuis 2024, cette zone est sous le contrôle du M23, un mouvement rebelle créé et armé par le Rwanda, le pays voisin. La milice a mis en place des structures étatiques parallèles : un « ministère » chargé des exploitations minières délivre, contre paiement, des permis aux creuseurs. Le gouverneur du M23, Eraston Bahati Musanga, accompagné de soldats lourdement armés, s’est rendu sur la mine le lendemain du drame. Il a déclaré : « Avec ce qui vous est arrivé, nous demandons à la population d’être vigilante. C’est bien de vouloir gagner de l’argent, mais vous ne pourrez pas l’utiliser si vous n’êtes pas vivants. »
Comme si les creuseurs avaient le choix. Mais il est vrai qu’en matière d’argent le gouverneur s’y connaît, les permis délivrés rapportent à la milice des centaines de milliers d’euros.
Surexploités et sous-payés
Pas un centime, en revanche, n’a été dépensé pour améliorer les conditions de vie et de travail des mineurs. Lors de la catastrophe, aucun secours n’est venu en aide aux creuseurs, qui ont dû eux-mêmes tenter d’extraire leurs collègues ensevelis.
Ce drame illustre les conditions de travail scandaleuses des mineurs et leur exploitation par une chaîne d’intermédiaires : du sponsor qui finance les outils jusqu’aux responsables de comptoirs, en passant par les négociants. Les autorités, qu’elles soient celles de Kinshasa ou du M23, contraignent les creuseurs à vendre leur production à vil prix. Les intermédiaires, seuls à posséder un Metorex — appareil servant à mesurer la teneur du minerai —, trichent systématiquement sur les poids et sous-évaluent les concentrations. Parfois, les minerais contiennent aussi du cuivre, ce qui augmente leur valeur sans que les mineurs en soient informés.
Sous le contrôle du M23, les marges de négociation sont quasi nulles. Les creuseurs doivent se contenter des sommes qu’on leur propose. Ils ne récupèrent en moyenne que 6 % de la valeur des minerais, expédiés ensuite au Rwanda, finançant ainsi le régime autocratique de Paul Kagamé, qui agit en toute impunité grâce à la complaisance des grandes puissances occidentales.
Paul Martial