Publié le Mercredi 8 juillet 2026 à 13h00.

Hôpitaux sous canicule, urgence climatique et austérité

Le réchauffement climatique frappe de plein fouet le système de santé. Hôpitaux vétustes, manque de personnels, sous-financement chronique : face aux canicules, les politiques d’austérité aggravent une situation déjà critique et creusent les inégalités sociales de santé.

Le réchauffement climatique favorise la multiplication des canicules, des feux de forêt et des inondations. Il a un impact profond sur la santé, notamment des plus fragiles et des invisibles, mais aussi sur le système de santé.

 

La canicule creuse les inégalités

Malgré les plans blancs, il fait déborder urgences et services transformés en étuve, déjà fragilisés par les fermetures de lits, le manque de personnels et l’absence d’adaptation du bâti au réchauffement climatique. 

La canicule creuse aussi les inégalités sociales de santé, ainsi que les inégalités de genre. Un rapport d’Oxfam montre qu’« à l’été 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches », tandis que lors des journées les plus chaudes, « le risque de décès par infarctus augmentait de 7 % », et que les femmes en mouraient deux fois plus que les hommes, par retard de diagnostic de près de 30 minutes !

Les canicules se multiplient, en durée et en intensité, 59,5 % des hôpitaux sont vétustes, les personnels sont épuisés. Un grand plan d’investissement pour rénover, embaucher et adapter au changement climatique serait indispensable. Les gouvernements d’austérité ont choisi de faire le contraire. 

 

Les effets délétères de l’austérité

Depuis 2000, un quart des lits d’hôpitaux a été supprimé. Bien insuffisant, le Fonds vert destiné à la rénovation énergétique des écoles, bâtiments publics ou hôpitaux est passé de 2,5 milliards d’euros à 837 millions d’euros entre 2024 et 2026, soit une baisse de 66 %. Instaurée après les 15 000 morts de la canicule de 2003, la journée de travail gratuit devait financer l’adaptation des EHPAD, accueils de jour, résidences autonomie et soins à domicile. Ces ressources ont surtout servi à combler le sous-financement chronique du secteur. Les chambres restent largement non climatisées et les équipements, souvent vétustes, sont insuffisants face aux canicules actuelles. 37 % des hôpitaux de Corse et de l’Hexagone sont en zone inondable, comme le nouveau CHU de Nantes !

Alors que les aides à domicile sont en première ligne pour prévenir les coups de chaud des personnes âgées ou en perte d’autonomie, « il manque 60 000 salariéEs à l’ensemble du secteur », selon la Fédération française de services à la personne et de proximité. Un travail essentiellement féminin et souvent racisé, sous-payé, avec des horaires et des trajets à rallonge, que gouvernements et départements ne veulent pas financer !

 

Des solutions existent

Des solutions de long terme, économes en énergie, existent pour les lieux de soins. Plutôt que de lutter contre la chaleur qui est déjà rentrée, l’architecture bioclimatique vise à une meilleure isolation thermique : brise-soleil fixes ou orientables, isolation des toitures et des murs, ventilation traversante utilisant le tirage naturel pour rafraîchir la nuit les bâtiments, rejet de l’air chauffé par les nombreux matériels électriques, végétalisation… Cela ne s’oppose pas à la climatisation, indispensable dans certaines situations dans les urgences, les blocs, les maternités, les EHPAD, mais ce n’est pas la solution générale, car elle aggrave le réchauffement climatique.

La presse et les équipes syndicales ont rapporté de nombreuses situations où les équipes soignantes, parfois les familles, tout en exigeant des investissements structurels face aux canicules, décident sans attendre leurs directions de poser des couvertures de survie ou du blanc de Meudon sur les fenêtres, et achètent des ventilateurs au supermarché du coin. Ce sont aussi les aides à domicile qui réorganisent leurs tournées, multiplient les appels téléphoniques. Comme lors du Covid, les personnels soignants sont plus réactifs que les directions, qui n’ont les yeux rivés que sur les indicateurs financiers ! Pourtant, malgré la chaleur étouffante, bien peu de services aux personnels indispensables et débordés ont pu faire grève ou se mobiliser, malgré les appels, comme ceux de la CGT ou de Solidaires Finistère.

Selon Oxfam, « 17 mois de bénéfices de TotalEnergies suffiraient pour couvrir l’ensemble des investissements nécessaires à l’adaptation du secteur de la santé au changement climatique ». On ne l’oubliera pas lors de la bagarre sur le budget de la Sécu à la rentrée !