Des milliers de morts, les femmes et les plus pauvres en première ligne : la canicule est le produit meurtrier du capitalisme fossile.
La canicule a tué des milliers de personnes, alors que le bilan est partiel et provisoire. Mais elle n’est pas une catastrophe naturelle. Derrière chaque mort, derrière chaque degré supplémentaire, il y a un baril de pétrole qui fait les profits de Total, il y a un millionnaire qui perçoit ses dividendes, il y a un CRS qui lance une grenade à tir tendu à Sainte-Soline.
Un été meurtrier
Comme lors de la canicule d’août 2003, il faudra attendre des semaines pour connaître le nombre réel de morts. Mais un premier bilan de Santé publique France fait déjà état de 2 025 décès supplémentaires en une semaine, entre le 22 et le 28 juin. Un bond de 29,1 %. Le bilan final sera beaucoup plus lourd, car ces chiffres n’intègrent ni les décès liés à la vague de juillet ni ceux constatés tardivement en ville avec les déclarations papier. Or les décès à domicile, les moins bien comptabilisés, sont aussi ceux qui ont le plus augmenté : + 91 %. L’été 2026 s’annonce bien comme l’un des plus meurtriers depuis la canicule d’août 2003.
Des inégalités de genre et de classe
Selon l’Inserm, la canicule de 2003 avait provoqué près de 15 000 décès supplémentaires. La surmortalité était fortement liée à l’âge : de plus de 20 % chez les 45-54 ans à plus de 120 % chez les plus de 95 ans. Les femmes avaient été davantage touchées par la surmortalité : + 70 %, contre + 40 % pour les hommes. L’effet de l’âge a été souligné, les femmes étant plus nombreuses parmi les plus âgées, mais il faut aussi évoquer les retards de diagnostic selon le genre, notamment pour les pathologies cardiovasculaires décompensées.
La chaleur est aussi un révélateur des inégalités sociales. Les quartiers parisiens les plus denses, les plus pauvres et les moins végétalisés étaient aussi ceux où la mortalité liée à la chaleur était la plus élevée, avec des températures nocturnes parfois de 5 à 8 °C supérieures à celles des espaces verts périphériques. Vivre sous les toits, ne pas pouvoir se payer un ventilateur, travailler dans le bâtiment ou vivre seul avec l’allocation aux adultes handicapés et prendre des antidépresseurs nuit gravement à la santé !
Le bilan de 2003 a ensuite été porté à près de 20 000 morts en France et 70 000 en Europe par l’étude Canicule, qui prenait en compte l’ensemble de l’été. Et les chercheurEs n’ont pas observé de « rattrapage » de la mortalité. Ces victimes ne seraient pas mortes quelques semaines plus tard sans la vague de chaleur !
L’exception devient la norme
La canicule exceptionnelle de cet été risque bien de devenir la norme.
La planète s’est déjà réchauffée de plus de 1,2 °C, et la France de près de 1,7 °C. Les vagues de chaleur sont plus fréquentes, plus longues, plus intenses. Selon Nature Medicine, environ 47 690 personnes sont mortes de la chaleur en Europe en 2023. L’année 2022 avait été pire, avec plus de 60 000 décès. Et les projections sont glaçantes : les morts pourraient tripler d’ici la fin du siècle si le réchauffement atteint 3 ou 4 °C. On passerait alors d’environ 44 000 décès annuels à plus de 129 000 par an en Europe, selon une étude de The Lancet Public Health de 2024. Cela représenterait, à l’échelle du siècle, plus de deux millions de morts supplémentaires en Europe si les émissions ne sont pas fortement réduites et les politiques d’adaptation profondément renforcées.
Colère contre le capital ou paniques identitaires ?
Ils appellent ça l’insécurité. Bolloré, Le Pen ou Macron veulent nous convaincre que le danger est le migrant ou le jeune de banlieue. Pourtant, la menace la plus meurtrière est dans l’air que nous respirons, la bouffe qui nous pollue et maintenant la chaleur qui nous cuit. Les températures extrêmes tuent davantage que les violences entre personnes, qui ne représentent que 0,089 % des décès en France en 2020, en baisse par rapport aux 0,2 % de 1990. Les décès dus aux températures extrêmes étaient 3,3 fois plus nombreux que ceux dus aux violences entre personnes, tandis que les morts au travail sont 1,5 fois plus nombreuses que les homicides qui font la une des médias. Les faits divers plus que les coups de chaleur, c’est peut-être ça, l’hégémonie bourgeoise.
La canicule n’est pas une catastrophe naturelle, c’est une catastrophe sociale du capitalisme fossile qui enrichit ceux qui la produisent.
Frank Prouhet