Premier Parallèle, 2026, 180 pages, 17 €.
Dans cet ouvrage nourrissant, Joëlle Zask « se demande comment nourrir sans empoisonner, aider sans asservir, concilier nécessité et liberté. Car trouver la bonne manière de nourrir autrui, avance-t-elle, c’est s’orienter vers une société à la fois plus juste et plus démocratique. » (Présentation de l’éditeur).
Donner à manger, le choix des termes est crucial : une expression aussi neutre que possible est ce qui permet à l’autrice de l’investir peu à peu d’un contenu de plus en plus politique. La différenciation qui s’impose alors entre aliment et nourriture confère à l’acte de donner à manger une charge affective et sociale, et structure progressivement une critique radicale de notre système de production, de distribution et de répartition de ce que les êtres humains ingèrent pour vivre.
Tout ce système — capitaliste, osons le mot — qui consiste à nous emplir de substances ultra-transformées supposées nous maintenir en vie, aptes à produire et à consommer, conduit inexorablement, dans un même mouvement, à la marchandisation des aliments, facteurs de profit, à une forme d’extractivisme destructeur de la planète et créateur d’inégalités, et bien entendu à la malbouffe.
En toute logique, l’inversion du processus, vers la maîtrise de la production de nourriture de qualité et de sa répartition équitable — grâce à la Sécurité sociale de l’alimentation — conduit à la remise en cause fondamentale du système (c’est transitoire !), jusqu’à se trouver dans l’obligation de le renverser (c’est révolutionnaire !).
Reprendre en main, outre notre destinée, la bouffe, la bonne, entourée de relations sociales harmonieuses et égalitaires : aucun doute, c’est vraiment la seule solution.
Claude Moro