Éditions du commun, 2026, 96 pages, 10 €
L’autrice situe sa recherche dans le cadre des courants anarchistes et autonomes, dont elle commence par brosser un rapide historique dans la première partie du livre. Cela lui permet de resituer les débats qu’entoure la prise de parole au cours des assemblées générales. La question fondamentale, de son point de vue, réside dans la tension qui persiste, quels que soient les dispositifs, entre la profession de foi anti-autoritaire des participantEs et la nature des pratiques politiques et personnelles réelles au cours des assemblées et au sein des regroupements qui les mettent en œuvre, dans le contexte d’une société qui, elle, est autoritaire et hiérarchisée, structurée par des rapports de pouvoir et de domination.
Pour explorer les ressorts de cette problématique, Manon Him-Aquilli procède par une observation directe en situation et réalise une ethnographie des assemblées auxquelles elle participe. Par des exemples et des citations précises, elle met à jour les difficultés pour certainEs à ne pas prendre un pouvoir effectif sur d’autres. Elle insiste sur l’opposition entre les formalistes — ordre du jour, tour de parole — et les spontanéistes — prise de parole « au fil de l’eau ». Se pose alors la question de l’adéquation entre la procédure adoptée et la nature de la réunion à laquelle elle s’applique.
Au-delà de la correspondance historico-politique des questions soulevées avec les courants anarchistes et autonomes, l’ouvrage doit présenter un intérêt pour celles et ceux qui assistent et participent à des assemblées générales, et même à des réunions politiques — comme celles du NPA-A — au cours desquelles de telles questions se posent très souvent (sinon elles devraient se poser !). Relativement pragmatique, l’autrice ouvre d’ailleurs la voie à des pratiques envisagées comme des techniques d’animation des réunions, dans l’objectif de permettre la prise de parole d’un maximum de participantEs dans les meilleures conditions possibles.
Un petit livre utile, à lire, à discuter, pour aller vers de meilleures pratiques.
Claude Moro