Publié le Samedi 23 juin 2012 à 19h51.

Syrie : tractations des grandes puissances

La violence a atteint un niveau inégalé depuis le début de la révolution le 15 mars 2011. Le constat est clair : le plan Annan (et ses observateurs) dont le premier objectif était de mettre fin à la violence a échoué.Depuis l’arrivée des observateurs de l’ONU en avril dernier, le nombre de civils tués est d’environ 3 500. Le régime a accentué sa campagne militaire en utilisant des armes lourdes. 

Le général Mood, chef de mission des observateurs, en a fait le constat en déclarant le 16 juin à Damas « la suspension provisoire de sa mission, à cause de l’augmentation de la violence dont les observateurs eux-mêmes sont victimes ».

Les forces armées de la dictature poursuivent une stratégie de guerre totale contre toutes les zones « rebelles » tandis que Homs, la ville martyre, ou plutôt les quelques quartiers encore résistants tels Alkhalidya subissent sans relâche des bombardements quotidiens. 

La situation humanitaire est plus que dramatique. Les banlieues de Damas, en particulier Douma, ainsi que Idlib et la campagne d’Alep, Deir Ezzor et Lattaquié subissent le même sort. Les massacres de civils perpétrés par les milices du pouvoir (comme les massacres d’Alhoula, Alqoubeir, Alhafa…) sont fréquents.L’objectif de l’oligarchie des Assad est de semer la terreur et de changer le rapport de forces sur le terrain, à défaut de pouvoir écraser la révolte.

Mais elle est loin de cet objectif, car les manifestations par milliers sont quotidiennes et les manifestants sont des centaines des milliers les vendredis ; l’armée syrienne libre est mieux organisée et résiste aux attaques des unités militaires du gouvernement.

Pire encore pour le régime, la deuxième ville du pays, Alep, connaît une grève générale depuis le 16 juin.Le pays au bord de la guerre civileAssad, en transformant la Syrie en champ de bataille, encourage et provoque une résistance armée croissante. Les comportements barbares et humiliants de ses milices à caractère confessionnel ont pour corollaire de créer une réaction de même nature. En bref, les Assad ont mis tous les ingrédients pour enfoncer le pays dans l’abysse de la guerre civile la plus barbare car confessionnelle. Ils pensent que celle-ci constituerait un dernier recours pour leur survie. Cela explique la deuxième raison évoquée par le général Mood pour justifier la suspension de sa mission. Selon lui « les deux parties (le régime et l’opposition révolutionnaire) manquent de volonté pour chercher une solution pacifique ». Or, ce général place sur un pied d’égalité une armée en action contre son peuple et une résistance populaire armée mal équipée défendant sa vie et celle de ce dernier.

L’augmentation de la violence du régime ces dernières semaines à l’encontre des villes révoltées vise aussi à faire avorter le plan Annan, qui comprenait des mesures de « transition démocratique pacifique ».Sur le plan international, une négociation entre les États-Unis et la Russie (et leurs alliés respectifs) est en cours ; le département d’État américain a déclaré le 15 juin qu’Obama et Poutine vont discuter « de leurs divergences sur la situation en Syrie à la marge du sommet du G20 au Mexique le 20 juin ». La même déclaration précise que « les deux pays poursuivent leur dialogue sur une stratégie de transition pour la période après-Assad ».

De fait, le gouvernement russe n’écarte pas ce scénario, son ministre des Affaires étrangères Lavrov a déclaré le 10 juin « que son gouvernement n’accepterait pas de changement du régime syrien par la force, mais il ne s’oppose pas au départ de Bachar Assad si ce départ survient à l’issue d’un dialogue entre les Syriens eux-mêmes ».

La sauvagerie d’une dictature en guerre contre son peuple, la position géostratégique de la Syrie et l’opportunisme d’une opposition médiocre (le Conseil national syrien et le Comité national pour le changement démocratique) ont fait du pays une proie pour les prédateurs impérialistes de l’Est et de l’Ouest, les premiers soutenant le régime et les seconds quelques groupes qui leur sont fidèles. Le peuple révolté, ses souffrances et sacrifices, ainsi que les forces populaires révolutionnaires sont complètement oubliés de ces criminels qui négocient leur part du gâteau.

L’avenir de la Syrie est entre les mains de son peuple qui ne laissera personne décider de son destin. Il crée chaque jour ses organes de contre-pouvoir. Le processus révolutionnaire pour la liberté, la dignité et la justice sociale  gagne sans cesse du terrain au prix d’énormes sacrifices certes, mais plus de la moitié du pays est hors du contrôle du régime. La révolution populaire syrienne finira par vaincre.

Ghayath Naisse