Publié le Jeudi 30 avril 2026 à 07h00.

100 ans après la révolte druze contre le mandat français en Syrie

Le 26 avril 1926, Suwayda, ville du sud de la Syrie, est en révolte, comme le reste du pays. L’armée française assiège la ville et finit par la prendre, au prix de combats intenses faisant des centaines de victimes. Épisode peu connu du mandat français au Liban et en Syrie (1920-1949), il est pourtant clé dans l’évolution du nationalisme arabe et syrien par-delà les divisions ethno-religieuses.

L’entre-deux-guerres marque, malgré la victoire de la France et de l’Angleterre, le début de la fin de leurs empires respectifs. La création de la SDN (Société des nations) institue le système des mandats, c’est-à-dire l’attribution aux puissances victorieuses de droits de gestion sur des territoires tiers. L’Angleterre aura le mandat sur la Palestine, la Jordanie et l’Irak, et la France sur le Liban et la Syrie.

Instrumentalisation coloniale des divisions communautaires

La Syrie et le Liban sont traversés de divisions religieuses et communautaires, héritées de l’Empire ottoman et renforcées sous le mandat français, entretenues par les puissances dirigeantes pour maintenir le contrôle. Un lourd passif de massacres et d’exactions sépare les différents groupes. Se sentant « impliquées » dans la gestion de contrées ayant « trop de communautés », les puissances coloniales justifient leur domination par un prétendu besoin de tutelle occidentale.

Bien avant le mandat, la France a une tradition d’ingérence « bienveillante », notamment au Liban depuis le milieu du 19e siècle. Cette intervention s’est faite au bénéfice des communautés chrétiennes, régulièrement opprimées sous l’Empire ottoman. Au début des années 1920, la classe dirigeante française considère qu’il n’y a pas d’unité arabe en Syrie et au Liban et fait tout pour qu’elle n’existe pas. Elle divise la Syrie en multiples régions — Liban, Damas, Alep et même Djebel druze — en faisant miroiter une autonomie des communautés, en particulier dans le Djebel druze, dont Suwayda est la « capitale ». 

Les Druzes sont une minorité religieuse issue de l’islam et persécutée depuis son origine. Elle est considérée comme une hérésie par les groupes musulmans majoritaires sunnites et chiites. La communauté druze est composée de près d’un million de personnes, la plupart habitant au nord de la Palestine, en Galilée, mais aussi au sud de la Syrie, notamment à Suwayda.

Il existe une longue histoire de persécutions interethniques avec des victimes diverses : par exemple, les Druzes sont à l’origine du massacre du « Mont-Liban » envers les chrétiens en 1860, qui reste, même 60 ans après, un important traumatisme.

Unification contre le mandat colonial

Mais l’unité contre le mandat colonial devient un facteur unificateur et, face à la violence du mandat et à la faible avancée des revendications, les révoltes éclatent et se multiplient à partir de 1925.

Ainsi, le Parti du peuple et les dirigeantEs druzes mettent en place un gouvernement provisoire nationaliste dans le Jabal Druze le 9 septembre 1925. Le mois suivant, ils déclenchent une rébellion dans l’ensemble du territoire syrien, de sorte qu’à la fin du mois d’octobre, de vastes régions de Syrie étaient en révolte.

L’un des tracts énumère les revendications : « Aux armes ! Libérons notre pays de l’esclavage… Voici nos revendications : 1. L’indépendance totale de la Syrie arabe, une et indivisible, tant sur le littoral qu’à l’intérieur des terres ; 2. La mise en place d’un gouvernement populaire et l’élection libre d’une Assemblée constituante chargée d’élaborer une loi organique ; 3. L’évacuation de l’armée étrangère d’occupation et la création d’une armée nationale pour le maintien de la sécurité ; 4. L’application des principes de la Révolution française et des Droits de l’Homme. Vive la Syrie indépendante ! »

L’insurrection est écrasée dans le sang, notamment avec la prise de Suwayda et, peu après, Damas est bombardée par l’armée française. La révolte s’arrête complètement en 1927, mais l’Empire français montre des fragilités pour maintenir son influence.
Cet exemple montre que les divisions ethno-religieuses structurent certes la politique syrienne et libanaise, mais qu’elles peuvent être dépassées dans la lutte, notamment contre l’Empire.

Achraf Yourchid