Film documentaire américano-français, 2025.
Dans ce film documentaire, très typique du travail de Peck (utilisation d’une voix off très présente, irruption régulière de la fiction dans le documentaire, utilisation d’extraits de films), les allers-retours entre le présent (Birmanie, Gaza, Haïti…) et le passé (vie de George Orwell) sont parfois un petit peu confus, tout comme l’usage d’images produites par l’IA générative (dont on comprend ensuite qu’elle est considérée par Raoul Peck comme un nouvel outil au service des totalitarismes actuels, au même titre que la reconnaissance faciale, le crédit social…).
Les épisodes de la vie d’Orwell qui vont déterminer ses orientations politiques sont bien décrits : une adolescence dans une famille petite-bourgeoise anglaise partie dans les colonies pour s’élever socialement, le passage dans la police militaire des Indes, qui agit comme une sorte de révélateur chez quelqu’un qui se définissait déjà auparavant comme socialiste mais qui « découvre » les effets réels de l’impérialisme, puis, plus tard, un tournant majeur : la guerre civile espagnole et la découverte du stalinisme.
À partir de ce moment-là, son engagement contre toutes les formes de totalitarisme est entier ; la frontière entre le fascisme et les totalitarismes d’inspiration communiste n’est pas toujours très bien dessinée dans le film, ce qui correspond plutôt bien à la pensée de George Orwell, pour qui cet épisode espagnol a été très traumatisant. Cette idée, selon laquelle on dénonce plus facilement les atrocités commises par l’ennemi idéologique, est reprise plusieurs fois au cours du film ; elle peut être lue comme un relativisme pas très malin, ou comme un appel à s’élever moralement et à ne pas s’avilir au niveau des fascistes.
Le propos transversal du film est radical : 1984 n’est pas une dystopie, c’est un regard lucide sur le monde d’aujourd’hui. La surveillance de masse, l’ère des fake news, des vérités alternatives, tout cela relève de l’emprise totalitaire, qui enveloppe les gens comme une toile enveloppe sa proie. On ressort ainsi de ce film à la fois éveillé et assommé.
Frantz Lucas