Publié le Mardi 14 avril 2026 à 12h52.

Laissez le feu brûler, d’Olivier Esteves et Linn Washington

Seuil, 248 pages, 2026.

Philadelphie, 13 mai 1985. 

Dans le quartier résidentiel Noir de Cobbs Creek, le Philadelphia Police Department, dans un déferlement inouï de brutalité, largue depuis un hélicoptère une bombe fournie par le FBI sur une maison du quartier. La cible : le QG l’organisation Afro-Américaine anticapitaliste et écologiste MOVE, avec laquelle la ville et le voisinage sont un conflit ouvert depuis des nombreuses années. Le feu déclenché par cette bombe, que la police et les pompiers laissent volontairement courir, tue 11 personnes (dont 6 enfants), détruit 61 maisons et laisse 250 personnes sans-abri.

Dans ce récit d’une rare violence, Oliver Esteves et Linn Washington nous donnent à voir, à travers un cas d’école aujourd’hui tombé dans l’oubli, toute la réalité du racisme et du classisme de la société Américaine. Arbitraire policier, gentrification, système carcéral, anthropologie raciale, apartheid de facto (malgré l’abolition officielle de la ségrégation dans tout le pays en 1965), municipalité mafieuse d’un baron du Parti Démocrate (comme dans de nombreuses grandes villes des Etats-Unis de cette époque) : aucune dimension n’est oubliée dans cette histoire tragique. Y sont également évoqués les Black Panthers et Mumia Abu-Jamal, en prison depuis déjà 4 ans au moment de la répression de MOVE, victime innocente du même département de police.

Les aspects pour le moins problématiques de l’organisation MOVE ne sont pas pour autant éludés, avec de très nets aspects sectaires (voir même de secte), d’emprise sexiste et violente des leaders du mouvement sur les femmes et les enfants, des relations extrêmement difficiles avec le voisinage et les autres organisations du mouvement de libération Afro-Américain. Sans jamais oublier de les remettre dans leur contexte. La solidarité des auteurs avec MOVE, face à la répression implacable d’un des Etats les plus racistes et puissants de la planète, est totale.

Un ouvrage brillant, à lire sans faute.

Y. S.