Publié le Lundi 19 janvier 2026 à 15h21.

Protocoles, de Constance Debré

Éditions Flammarion, 144 pages, 19€.

Coup de poing. Précis, incisif. Écriture au scalpel trempé dans une encre de sang. Sans la moindre violence, se contentant de l'insoutenable légèreté de la rédaction bureaucratique du protocole. Des protocoles.

Les États-Unis d'Amérique, la plus grande démocratie du monde, s'adonnent en effet encore largement à la pratique de la peine de mort. Or c'est un État fédéral, chaque État qui la pratique s'est donc doté d'un protocole, qui n'est pas celui de ses voisins.

Exécution par un peloton du même nom, injection létale, chaise électrique, chambre à gaz, pendaison… à chacun son protocole, son lot de barbarie ! Barbarie : quel que soit le mode opératoire, les statistiques, terrifiantes, font état d'un taux d'échec de 30 %. Dans un cas sur trois, l'exécution est ratée ! Et comme il n'est bien entendu pas question d'en rester là, cela se traduit par un acharnement, souvent bricolé, qui génère de la souffrance – hors protocole justement. La froideur de la relation par l'écrivain exacerbe la douleur et la colère ressenties à la lecture.

Est-ce pour nous le rendre supportable, Constance Debré tresse à ce réquisitoire passif contre la peine de mort des scènes de sa vie aux USA – à l'écriture tout aussi froide et distanciée – qui nous plongent dans de nombreux aspects très ritualisés – protocolaires – des mœurs de ce pays, ainsi que dans son rapport personnel au protocole, à la loi – écrivain, elle est également avocate – dont on peut penser qu'il a vocation à souligner l'aspect universel de notre besoin – humain – de cadres et de notre rapport au mal.

Claude Moro