Publié le Mercredi 27 mai 2026 à 15h00.

Ruby Fruit Jungle, de Rita Mae Brown

Roman, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2026, 336 pages, 22 euros.

Les Éditions Héloïse d’Ormesson viennent de lancer leur collection Queer Ardent·e, consacrée aux littératures LGBTI, et l’inaugurent avec un classique de la littérature lesbienne, Ruby Fruit Jungle de Rita Mae Brown, sorti en 1973.

Bien servi par la nouvelle traduction d’Océane Guerrier, c’est un roman d’apprentissage autour de la figure de Molly Bolt, qui naît et grandit dans le Sud poisseux et conservateur des États-Unis durant les années 1950 et 1960.

Rebelle, obstinée, voulant casser les codes et dégommer les normes, Molly s’affirme et refuse de s’excuser d’aimer les femmes. Elle n’écoute que ses désirs et, dès qu’elle le peut, quitte le cocon familial pour aller d’abord à la fac, puis à New York.

Fauchée, elle multiplie les petits boulots et les relations sans lendemain, tout en reprenant ses études pour devenir réalisatrice.

Le roman nous plonge dans les milieux lesbiens d’avant la deuxième vague féministe, d’avant la « Lavender Menace », avec les débats et les analyses de l’époque. Les multiples références nous plongent donc au cœur de cette période dense, agitée et foisonnante. Le croisement des différentes oppressions et de l’exploitation y est particulièrement bien représenté.

Grande gueule, drôle, sensuelle, Molly Bolt est un personnage qu’on prend plaisir à suivre. Ce roman est ainsi jouissif à tous les sens du terme et ne se termine pas de manière tragique, comme trop souvent dans la littérature queer. C’est une des raisons pour lesquelles il reste le roman lesbien le plus vendu aux États-Unis au 20e siècle et qu’il continue de circuler aujourd’hui encore, reliant différentes générations de femmes lesbiennes et bies.

On ne peut également que saluer la très belle postface de la traductrice, Océane Guerrier, racontant notamment l’urgence de continuer à publier des histoires queer.

En bref, un roman à lire et à faire lire !

Sally Brina