Publié le Lundi 16 novembre 2020 à 10h28.

Réflexions sur la candidature de J.-L. Mélenchon par Philippe Poutou

C’est clair que ça va causer de plus en plus élection présidentielle, c’est dans moins de 18 mois. 

Et du côté du « peuple de gauche », du côté des forces militantes plus ou moins désorganisées, ça va en causer aussi de plus en plus. Car plus le mouvement social est faible, plus on est fragilisé, plus on s’enfonce dans une sorte de fatalisme, alors il ne nous resterait que l’espoir (souvent peu raisonné) dans le résultat des urnes.

Et c’est le cas actuellement, d’autant plus en pleine crise sanitaire, en plein confinement (même partiel) qui de fait nous enlève des moyens de discussion et d’organisation.

Du coup Mélenchon semble vouloir s’engouffrer dans cette brèche. Il se déclare en premier, devançant tous les autres à gauche, comme pour forcer le destin et surtout forcer l’idée que c’est lui la solution, lui seul qui peut battre un Macron ou une Le Pen. C’est vrai, il est aujourd’hui le seul qui semble en avoir les moyens.

Alors il est candidat et, indépendamment de son ambition personnelle, de sa méthode si peu collective et si peu démocratique, beaucoup à gauche, parmi les militant.es, pensent qu’il faut aller à fond derrière lui.

Mais on peut quand même discuter, se poser des questions, contester cette nouvelle formule du « sauveur ». On a trop donné dans cette illusion d’une gauche qui arrive au pouvoir et qui règle les problèmes. On a trop d’expérience dans une gauche qui prend le pouvoir pour ne jamais rien changer, reniant programmes et engagements.

Et pour le coup, avec J.-L. Mélenchon, nous n’avons aucune garantie, aucune preuve que cela se passerait différemment si jamais il gagnait. Qu’est-ce qui dit qu’il rendrait des comptes à ses électeurs, à la population alors qu’aujourd’hui il n’en rend pas à son propre mouvement, à ses propres militant.es ? En quoi la victoire serait-elle demain si collective, celle d’un camp social, d’une perspective de rupture avec le capitalisme ou même avec le libéralisme sauvage alors qu’aujourd’hui, cette candidature n’est même pas partagée, même pas proposée ni discutée au sein des organisations militantes à gauche, qu’elles soient politiques, associatives, syndicales ni plus généralement dans le mouvement social, parmi les milieux en lutte, en résistance.

D’ailleurs, à écouter JLM et ses plus proches amis, il semblerait qu’ils s’adressent plus à leur « droite », à un PS laminé, à ses satellites dispersés et à des Verts divisés. Il ne regarde pas sur sa gauche, considérant certainement qu’il n’a pas ou plus vraiment de concurrence, avec une Lutte ouvrière enfermée dans son sectarisme ou un NPA paralysé dans une crise interne tenace. 

Mélenchon veut-il être le candidat de la gauche, le seul ? Prenant la place du PS ou du PC ? Mais pour faire quoi de différent ? Le programme actuel ne peut pas être plus une garantie que le programme « commun » des années 1970, pas forcément moins radical d’ailleurs.

Tout ça pour dire, que la candidature de Mélenchon peut plaire, peut rassurer, on le comprend pour plein de raison. Mais qu’elle ne répond pas à tout et qu’elle ne peut pas être la solution à notre problème actuel. Il reste qu’on a besoin d’une candidature qui porte une perspective de luttes sociales, une perspective anticapitaliste, qui fasse le lien entre élections, institutions et rapport de forces, luttes des classes, mouvements sociaux. On a besoin d’occuper non pas un espace gentiment de gauche qui joue le jeu de la république mais d’une gauche radicale, révoltée, clairement opposée à un système injuste et brutal, à l’arrogance des possédants, au cynisme du pouvoir actuel.

Reste que l’élection présidentielle peut être le prolongement de nos résistances actuelles, de toutes nos luttes, elle peut aider à formuler un plan de rupture ou un programme d’urgence sociale, écologique et démocratique, à renforcer la perspective de combat contre le capitalisme en aidant à organiser les batailles dès maintenant, au quotidien, permettant de ne pas déconnecter élections et luttes sociales, prise du pouvoir et résistances collectives.