Publié le Vendredi 31 mars 2017 à 07h05.

Foyers de travailleurs immigrés : Un vent de révolte gronde !

Ils étaient venus nombreux à la Marche pour la justice et la dignité du 19 mars, pour manifester leur colère. Par petits groupes ou derrière les banderoles de leurs collectifs, les résidents des foyers de Paris et de banlieue se sont saisis de l’occasion pour exprimer leur ras-le-bol des conditions d’hébergement et de la répression dont ils sont les victimes.

L’incendie criminel qui avait touché le foyer Coallia de Boulogne-Billancourt dans la nuit du 15 au 16 décembre dernier, aura été le déclencheur d’un regain de mobilisation des foyers. Une tragédie qui aura coûté la vie à Fisseynou Traoré, un résident malien de 40 ans, et qui a aussi blessé 14 personnes. Dans le complet dénigrement, le ministère de l’Intérieur s’est alors livré à une campagne d’intox, refusant d’y voir un acte criminel raciste, allant même jusqu’à insinuer qu’il pourrait être l’œuvre d’un résident ! Accusation calomnieuse et fantaisiste dénoncée par les délégués du foyer.

Il faut dire que ce foyer n’est en odeur de sainteté ni pour les pouvoirs publiques  ni à la mairie. En conflit avec leur bailleur Coallia, les résidents exigeaient la réouverture de leur cuisine collective fermée arbitrairement pour « raisons d’hygiène » . Une grève des loyers était également en cours contre leurs prix exorbitants (250 euros par lit dans une cellule de 15m2 partagée à 3). Par ailleurs, l’équipe municipale manifeste depuis très longtemps son hostilité à la présence du foyer. Comme le résume un délégué, « on est entourés d’immeubles chics et la mairie veut nous faire déloger »...

Indignés par l’incendie criminel de Boulogne, conscients d’affronter dans de nombreux foyers des conditions de vie et des attaques similaires de la part des autorités et de leurs larbins, plus de 500 résidents venus de foyers parisiens et de banlieue s’étaient donné rendez-vous le 24 février dernier pour manifester de la place de la Bastille jusqu’au siège de Coallia, accompagnés de leurs soutiens Copaf, Fasti, DAL, Droits devant !! etc. Cela pour exiger que lumière soit faite sur l’origine de l’incendie, et pour y porter leurs revendications. 

Construire les convergences antiracistes

Les revendications peuvent se résumer en une formule : « Pour une vie collective et digne ». La politique des différents bailleurs – Coallia, Adoma, Adef – est la même dans tous les foyers : fermer les lieux collectifs (cuisines, salles de restauration, salles de télé, de jeux ou de réunions), instaurer des contrôle d’accès, mettre des vigiles... Ils veulent casser tout espace de vie collective et briser l’autonomie de gestion des résidents.

Les cuisines collectives des foyers doivent être réouvertes : ce sont des lieux conviviaux et solidaires où résidents comme habitantEs du quartier peuvent se restaurer (bien mieux et plus sainement que dans un fast-food...) pour quelques euros. Le prix des loyers doivent être bloqués, et si besoin réduits après négociations avec les délégués directement élus par les résidents, et non désignés par les bailleurs ! Dans leurs revendications, les habitants des foyers n’oublient pas non plus la régularisation de tous les sans-papierEs !

La mobilisation continue : samedi 1er avril, les résidents de nombreux foyers seront présents à l’appel des mouvements sociaux « Nos droits, contre leurs privilèges »1. Après le succès de la Marche pour la justice et la dignité, il est urgent de ne pas baisser la garde et de développer les convergences entre toutes les composantes du mouvement antiraciste. Les luttes des foyers en font partie !

Alain Pojolat

 

 

  • 1. À 15 h place de la République à Paris.