La publication du « Rapport annuel du CCIE sur l’islamophobie en Europe pour l’année 2025 » confirme que l’islamophobie est une des coordonnées fondamentales de la fascisation.
Le rapport du CCIE (Collectif contre l’islamophobie en Europe) s’ouvre sur une glaçante contextualisation. Au prétexte du « maintien d’une organisation dissoute par le gouvernement français », deux de ses responsables encourent toujours une peine d’emprisonnement. Et les contributeurEs françaisEs à ce rapport « ont souhaité conserver l’anonymat en raison des risques réels liés à leur personne ainsi qu’à leur carrière en France » (p. 34).
Et le CCIE alerte : son travail principal serait de produire une documentation et des statistiques pour produire des plaidoyers juridiques, mais seuls 6 % des faits seraient signalés en raison de leur normalisation. C’est notamment pour essayer d’y remédier que la plateforme Equitas a été mise en place.
Banalisation et institutionnalisation de l’islamophobie
Une même dynamique raciste traverse la dizaine de pays européens étudiés : la banalisation des opinions islamophobes s’articule à la diffusion de propos haineux, notamment via les réseaux sociaux, et profite de l’indifférence, de la passivité voire de l’inscription dans le droit de la haine de la visibilité musulmane.
En Europe, l’avance prise par la France sur les législations islamophobes fait encore exception, mais partout, les formations de droite assoient leur popularité sur l’islamophobie — en Espagne ou en Suisse par exemple. En Belgique ou en Autriche, les jurisprudences islamophobes qui suivent le modèle français construisent les bases d’une « islamophobie respectable ».
Réduction de l’espace public
Le CCIE fait appel à la notion de « réduction de l’espace public » (shrinking civic space) pour décrire les pressions autoritaires sur les libertés publiques et associatives. Face à cela, les recours sont limités. Les dispositifs légaux de lutte contre le racisme sont peu appliqués pour défendre les personnes musulmanes et le CCIE rapporte une sélectivité des traitements des dossiers là où ils existent.
En conséquence, le CCIE se concentre sur la sensibilisation, en essayant de trouver des formes pour attirer un public plus large à prendre la mesure du danger. Il y a pour nous une certaine tristesse dans le constat qui en est tiré : les initiatives en commémoration du génocide bosniaque ont eu moins d’effets que le spectacle humoristique qu’il a organisé avec Djamil le Shlag et d’autres comiques.
Notre investissement pour affirmer partout la centralité de la lutte contre l’islamophobie et le racisme doit permettre de tenir la ligne, tant qu’on le pourra.
Hafiza b. Kreje