L’État français intensifie à Mayotte une politique répressive visant les migrantEs, dans un contexte marqué par des logiques coloniales persistantes et une stigmatisation systématique. L’opération Kingia s’inscrit dans cette continuité, combinant expulsions massives, violences policières et durcissement législatif.
L’État français a lancé, début avril, et pour une durée de deux mois, une nouvelle offensive contre les migrantEs à Mayotte, 101e « département français »… à 8 085 km de l’Hexagone.
L’opération Kingia est, selon le communiqué officiel, « destinée à renforcer durablement la sécurité des Mahorais et préserver l’ordre public » — à l’instar des opérations de police Wambushu de 2023 et Place nette de 2024 — en intensifiant « la lutte contre la délinquance, l’économie informelle et l’habitat insalubre ». Une lutte contre l’insalubrité menée à coups de flics et de bulldozers détruisant, dans les bidonvilles, les bangas (habitations en tôle et terre battue). Si elle va frapper également les Mahorais pauvres y survivant elleux aussi grâce à cette « économie informelle », elle vise avant tout les migrantEs, boucs émissaires de tous les maux de la société mahoraise et tout particulièrement de la délinquance. La préfecture de la colonie d’outre-mer se glorifie d’en avoir expulsé plus de 23 000 en 2025, soit plus que tous les départements de France réunis (InfoMigrants, 14 avril) !
En finir avec la chasse aux migrantEs !
Il s’agit d’expulser en masse les migrantEs mais aussi les empêcher de pénétrer sur le territoire, et par tous les moyens. La Police aux frontières (PAF) est dénoncée par les exiléEs et les organisations qui les soutiennent pour ses violences. Y compris, elle est accusée de provoquer des noyades lors de ses interventions au large de Mayotte en faisant chavirer les kwassas (l’Anticapitaliste n°768). Dernièrement encore, dans la nuit du 28 au 29 mars, une migrante s’est noyée lors de l’interception de son kwassa par la PAF. La préfecture vient d’honorer cinq policiers qui, suite au chavirage, ont secouru les autres passagers de l’embarcation (Mayotte 1ère, 25 avril). Impunie et maintenant honorée, la police aux ordres du pouvoir colonial a le feu vert pour la chasse aux exiléEs !
À la différence de la Méditerranée, aucune ONG ne navigue dans cette zone et il n’y a aucun bilan officiel sur les mortEs et disparuEs en mer. Un rapport du Sénat de 2012 les estimait entre 7 000 et 10 000, de 1995 à 2011. Depuis, au péril de leur vie, des ComorienNEs continuent de tenter de rejoindre leurs frères et sœurs mahorais dont iels ont été séparéEs par l’impérialisme français il y a plus de 50 ans. Plus récemment, des AfricainEs de la région des Grands Lacs, dont des CongolaisEs fuyant la guerre, tentent la traversée depuis les côtes tanzaniennes. Une voie de passage tout aussi dangereuse et meurtrière.
Abolition de toutes les législations anti-migrantEs !
Ces pratiques répressives, criminelles, se déroulent dans le cadre d’un arsenal législatif que l’État français ne cesse de durcir, foulant aux pieds les droits humains. Dernière loi raciste en date, promulguée le 11 août 2025, la loi de programmation pour la refondation de Mayotte — revendiquée comme « une victoire politique » par le RN-FN — introduit, en guise de « refondation », une série de règles d’exception. S’ajoutant aux discriminations juridiques en vigueur (comme l’absence d’AME, la négation du droit d’asile ou la restriction du droit du sol), elles rendent quasi impossible la régularisation des migrantEs et font de leur quotidien un enfer.
Caractéristiques d’une politique colonialiste, ces « exceptions », aujourd’hui spécifiques à la seule Mayotte, sont susceptibles, après y avoir été expérimentées, d’être étendues ailleurs. Défendre les droits des exiléEs, c’est aussi défendre les droits de toutes et tous. Liberté de circulation et d’installation ! Régularisation de toustes les sans-papiers !
Germain Gillet