Le 25 mars dernier, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution sur la traite transatlantique. Plus précisément, cette résolution, portée par le Ghana, vise à qualifier « la traite des AfricainEs réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des AfricainEs du plus grave crime contre l’humanité ». L’adoption a été large mais pas unanime : 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions. Dès lors, ce vote donne à voir l’état du rapport de forces international concernant une mémoire toujours vivace.
Ainsi, il s’agit pour le Ghana de tourner les regards du monde vers une histoire qui, entre le 15e et le 19e siècle, a marqué « le début du système capitaliste racial, ces nouveaux systèmes racialisés de travail et de propriété transformant le destin de tous les peuples à travers le monde ».
Cette résolution 80/250 convoque tout à la fois l’histoire de l’esclavage, du colonialisme et du néocolonialisme, l’impact de celle-ci sur la réorganisation politique, économique et sociale du monde et les positions prises par l’ONU et la Société des nations sur ce sujet. Elle procède à une véritable dissection des relations internationales et de l’oppression des peuples.
Encore des mots toujours des mots
Elle avait donc tout pour déplaire aux tenantEs de l’ordre capitaliste. Aussi ne sommes-nous pas étonnéEs de voir l’Argentine, Israël et les États-Unis voter contre et la quasi-totalité des pays européens s’abstenir. Car cette division raciale du monde a instauré une hiérarchie qui profite aux Occidentaux.
Il convient de s’interroger sur l’impact réel de cette résolution. La symbolique est forte. La résolution est adoptée pendant la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, et l’année du centenaire de la Convention relative à l’esclavage. Mais il est à craindre que tous ces beaux mots ne restent rien d’autre que des mots.
Un État à la mémoire sélective
Depuis 2013, l’État français reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité. On peut donc s’étonner de ce qu’il ne garde pas la même énergie en AG de l’ONU. D’autant plus que ce lundi 13 avril, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une loi de « restitution de biens culturels provenant d’États qui, du fait d’une appropriation illicite, en ont été privés ».
La France est prête à toutes les concessions symboliques tant que n’est pas abordée la question du système réel et de la réalité de l’oppression. Parce que poser la question de l’esclavage, c’est se demander : à qui a profité le crime ? C’est interroger les réparations aux anciens propriétaires d’esclaves, le maintien de la domination pour nombre de leurs descendants dans les DROM-COM, la nature coloniale et néocoloniale de ses rapports avec la Kanaky ou l’Afrique.
La solution face à l’oppression se trouve chez les oppriméEs
Les victoires législatives n’entraînent pas nécessairement de justice. Elle est pourtant essentielle à toute paix, après que les pires crimes sont reconnus sans qu’aucun criminel ne soit désigné.
Il revient aux masses exploitées et opprimées de s’inviter dans la discussion. Plus que jamais, nous devons sensibiliser le plus grand nombre à la réalité de l’histoire de l’esclavage. Nous devons soutenir les militantEs afrodescendantEs, partout dans le monde, pour que justice leur soit rendue. Enfin, nous devons nous atteler à bâtir une organisation internationale plus égalitaire. Il est temps de déposséder les maîtres.
Stéphane Waha