À Rouen, les 1er et 2 juin, quatre militantEs écologistes repassent en procès après une action contre une centrale à béton Lafarge. Une affaire emblématique de la criminalisation des luttes écologistes.
Le 10 décembre 2023, une centaine de militantEs investissaient pendant une dizaine de minutes une centrale à béton Lafarge à Val-de-Reuil, au sud de Rouen. Cette action s’inscrivait dans une « Semaine contre le béton » initiée par les Soulèvements de la Terre pour dénoncer la bétonnisation et l’artificialisation des terres. La centrale devait notamment alimenter le chantier du pseudo-contournement Est de Rouen, un projet écocide et antisocial heureusement en passe d’être abandonné.
Les moyens de l’antiterrorisme
La répression contre cette action s’inscrit dans la ligne ultra-répressive choisie par l’État depuis la manifestation de Sainte-Soline en 2022, après laquelle Darmanin avait qualifié les manifestantEs d’« éco-terroristes ». La Sous-direction antiterroriste (SDAT) a ainsi été cosaisie de l’affaire. Le 17 avril suivant, ses agents interpellaient, parfois très violemment, 17 personnes, dont seules 9 ont finalement été jugéEs en première instance à Évreux en décembre 2024 pour « association de malfaiteurs », « séquestration » et « dégradations ».
Cette mobilisation des moyens de l’antiterrorisme pour défendre les intérêts de Lafarge résonne singulièrement, alors que le groupe vient justement d’être condamné pour avoir financé à hauteur de 5 593 897 euros des groupes armés et des organisations terroristes en Syrie.
Une enquête bâclée
Au vu des nombreuses irrégularités de procédure, cinq des inculpéEs ont été relaxéEs. Les quatre autres ont fait appel et comparaitront devant la Cour d’appel de Rouen les 1er et 2 juin prochains. Si leur condamnation était confirmée, iels devraient également répondre au civil des 276 000 € de dommages et intérêts réclamés par Lafarge.
Parmi elleux, deux militantEs du NPA-l’Anticapitaliste : Christine, institutrice à la retraite et ancienne conseillère municipale, figure militante très connue à Alençon, et Joël, militant écologiste et anticapitaliste de longue date.
Répression des luttes écologistes
Depuis 2008, la crise longue du capitalisme se traduit par une rivalité économique et géostratégique accrue entre les puissances impérialistes, au premier rang desquelles les États-Unis et la Chine. Cet affrontement porte principalement sur le contrôle des ressources naturelles, dans un contexte d’accélération de la crise climatique et de course sans fin au profit. Car il n’y a aucun doute : pour maintenir leurs profits, les capitalistes iront chercher jusqu’à la dernière goutte de pétrole ou d’eau.
Ce contexte explique la répression qui vise spécifiquement les luttes écologistes, à l’échelle internationale, mais aussi en France, où des études ont pointé la criminalisation croissante des défenseurEs de l’environnement et les violences exercées par les forces de l’ordre lors des actions militantes.
Un front de résistance et de solidarité
Par ailleurs, la répression s’accroît sur l’ensemble du mouvement social : répression antisyndicale dans les entreprises, répression de collectifs antifascistes et répression particulièrement forte contre le mouvement de solidarité avec la Palestine.
Avec la perspective des élections présidentielles et la possibilité de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, il est urgent de construire un front de résistance et de solidarité, ce qui passe aussi par l’expression de cette solidarité avec celles et ceux qui sont attaquéEs judiciairement.
Comme en première instance à Évreux, une mobilisation unitaire est prévue : conférence de presse avant le début du procès, cantine, table ronde sur la répression des luttes écologistes, prises de parole, spectacle d’Audrey Vernon, musique. Le tout à proximité du tribunal, devant le musée des Beaux-Arts.
Contre la répression, toutes et tous à Rouen, les 1er et 2 juin !
Alex Bachman