Publié le Mercredi 3 juin 2026 à 14h00.

La chasse aux syndicalistes

Poursuites, intimidations, expulsions : les attaques contre les militantEs syndicaux se multiplient. Une offensive qui menace les libertés démocratiques et l’ensemble du mouvement social.

 

Le 26 mai, Antoine Boulangé, co-secrétaire de la Ferc Sup CGT de Sorbonne Université, a été violemment agressé par un des organisateurs de l’événement « Una Europa General Assembly ». Il participait à un rassemblement appelé par l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et recherche pour protester contre la multiplication par 16 des frais d’inscription pour les étudiantEs étrangerEs. Cette mesure raciste est une étape vers l’augmentation généralisée des frais d’inscription pour toustes et la ­marchandisation de ­l’enseignement supérieur.

Le gouvernement donne l’exemple

Depuis des mois, les attaques contre les militantEs syndicaux se multiplient, encouragées par le gouvernement. Ainsi, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a annoncé le 2 décembre sa mise en examen pour injure publique après avoir qualifié les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif est l’appât du gain ». Cette déclaration répondait à Bernard Arnault, patron de LVMH, qui disait que la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes  entreprises « poussait à la délocalisation ». Une plainte avait auparavant été déposée par le ­mouvement patronal Ethic. 

Tefal, récidiviste

En 2013, la direction de Tefal avait déjà fait pression sur la hiérarchie de l’Inspection du travail pour écarter une inspectrice jugée trop gênante, notamment après qu’elle eut qualifié d’illégal un accord d’aménagement du temps de travail. 

Cette direction a donc cette fois engagé une procédure judiciaire contre Sophie Binet et Fabien Gay — les propos visés ayant été tenus lors d’une intervention à la Fête de l’Humanité, dont ce dernier est le directeur de publication. Le groupe « réfute toute accusation de répression syndicale » et assure qu’il ne « s’agit pas de remettre en question la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public », tout en estimant que « la liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts ».

Dans une interview à la NVO, Ouria Belaziz, coordinatrice CGT pour le groupe SEB, rapportait que lors du comité de groupe France du 22 janvier 2025, consacré notamment aux PFAS, il avait été indiqué que l’entreprise ne s’interdirait pas de poursuivre les organisations et les personnes dénonçant ces substances. Un débat tendu qui a valu un avertissement à Ouria Belaziz.

Ministère du Travail vs Code du travail

Entre-temps, le Ministère du Travail, en remettant en cause le statut particulier du 1er Mai, jour férié et chômé, assumait son soutien aux entreprises contournant le Code du travail et demandait aux inspecteurEs du travail de ne pas les contrôler. À Grenoble, après que des inspecteurEs eurent rappelé aux employeurs les règles applicables ce jour-là, leur hiérarchie a intercepté les courriers d’information aux entreprises et freiné l’organisation des contrôles. À la suite d’une confrontation dans les locaux de la DDETS de l’Isère, deux inspecteurs, représentants de SUD Travail, ont même été convoqués au commissariat après une plainte pour harcèlement moral déposée par leur hiérarchie. Une tentative d’intimidation visant à la fois les libertés syndicales et l’indépendance de l’inspection du travail.

Antisyndicalisme = danger grave et imminent

Chaque jour, les discours du gouvernement et de l’extrême droite alimentent la décomplexion de la violence contre les militantEs engagéEs pour la défense des droits sociaux et démocratiques. La CGT a dénombré, depuis le 1er avril 2023, plus de 1 000 militantEs et cadres inquiétéEs par des poursuites judiciaires ou disciplinaires, dont cinq dirigeantEs confédéraux. La confédération a recensé plus de 60 Bourses du travail concernées par des procédures d’expulsion, des menaces de fermeture, des réductions drastiques de surface, des conventions précaires ou des situations d’insalubrité avancée. Les municipalités dirigées par le RN (Rassemblement national) amplifient ces politiques déjà mises en œuvre par la droite et expérimentent localement une politique de répression sociale. À Saint-Avold, la fête de la CGT a été interdite. À Carcassonne, leurs locaux ont été retirés à des syndicats. À Hénin-Beaumont, le maire RN, Steeve Briois, a exclu deux syndicalistes de la fonction publique municipale.

Face à cette répression, une réponse syndicale unitaire est nécessaire. Mais au-delà, pour résister à la montée des idées d’extrême droite, aux politiques autoritaires du gouvernement, à la répression de l’État et du patronat, et pour empêcher l’arrivée au pouvoir du RN en 2027, l’unité de notre camp social sera cruciale. Une question qui devrait traverser le congrès en cours de la CGT.