Publié le Mardi 20 octobre 2026 à 14h20.

La révolution hongroise de 1956, antistalinienne et anticapitaliste

Il faut rappeler ce que fut la révolution hongroise de 1956 qui a été volontairement effacée de l’histoire officielle par le pouvoir stalinien et les dirigeants qui lui ont succédé, ainsi que par les partisans du capitalisme d’Europe occidentale. 

Ils ont dissimulé le fait que les travailleurEs révoltéEs, les étudiantEs et les conseils ouvriers hongrois ont commencé à réaliser un système socialiste autogéré.

La déstalinisation

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays de l’Est de l’Europe étaient placés sous le contrôle de la dictature stalinienne. Depuis plus de dix ans, la Hongrie était sous le contrôle de l’URSS avec à sa tête le Staline hongrois, Rákosi, qui utilisait les mêmes méthodes avec la police politique, l’ÁVH.

En mars 1953, la mort de Staline souleva un espoir et commença à fissurer « le bloc de l’Est ». Le soulèvement de Berlin-Est en 1953 en fut le premier signe. En février 1956, au XXe congrès du Parti communiste de l’URSS, son dirigeant Khrouchtchev dénonça les crimes de Staline, ce qui provoqua une onde de choc dans les pays de l’Est. En Pologne, le comité central du Parti communiste nomma Gomułka à la tête du pays sans consulter les Soviétiques, celui-ci disant vouloir s’affranchir un peu de la tutelle de Moscou pour construire un socialisme à la polonaise. En Hongrie, sous la pression des intellectuelLEs notamment, Rákosi fut obligé de desserrer l’étau.

De la révolte à la révolution

Le 22 octobre, l’effervescence gagna les milieux étudiants de Budapest qui rédigèrent un manifeste en 16 points. Ils appelèrent pour le 23 octobre à une manifestation de solidarité avec la Pologne. Elle rassembla une foule d’étudiantEs, rejointEs par des dizaines de milliers d’ouvrierEs criant : « Imre Nagy au pouvoir ! », « Russes à la porte ! », mais aussi « Grève générale ! » En réponse à des tirs venant de l’ÁVH, faisant des morts, les manifestantEs commencèrent à s’armer.

Dans la nuit du 23 au 24 octobre, ce qui était en train de devenir une révolution se propagea dans la ville, avec à sa tête des étudiantEs, de jeunes ouvrierEs, des adolescentEs. Les casernes s’ouvraient, les soldats donnaient leurs armes aux insurgéEs ou passaient à l’insurrection. Les membres de l’ÁVH étaient traqués. Kádár, libéré en 1954, fut nommé premier secrétaire du Parti communiste tandis qu’Imre Nagy était appelé à prendre la tête du gouvernement. Dans la nuit du 24 octobre, les premières unités blindées de l’armée russe investirent la capitale.

Les combats entre soldats russes et insurgéEs allaient faire rage pendant une semaine à Budapest, tandis que l’insurrection gagnait tout le pays. Une partie des soldats soviétiques eux-mêmes commençait à fraterniser.

Les conseils ouvriers

Les conseils ouvriers se multipliaient, prenant en main la gestion des usines, organisant des milices ouvrières pour garder l’usine et participer aux combats de rue de leur quartier.

Ils réclamaient le droit de grève, la liberté syndicale, la reconnaissance des conseils et le retrait de l’armée russe et se fédéraient. Ils ne mettaient pas en cause la légitimité du gouvernement Nagy, mais n’en représentaient pas moins la possibilité d’un pouvoir ouvrier. Ils puisaient leur inspiration dans les expériences antérieures, en Russie en 1905 et 1917, la République des conseils de Hongrie en 1918-1919, et les conseils de Yougoslavie. Ils combattaient la dictature stalinienne tout en s’opposant à une restauration capitaliste.

Le 31 octobre, l’URSS annonça qu’elle acceptait de retirer ses troupes. Mais ce n’était qu’un recul provisoire.

Le gouvernement de Nagy ne calmait pas l’insurrection populaire, qui risquait de se transformer en révolution prolétarienne. L’URSS avait l’assurance que les puissances occidentales, françaises et anglaises, occupées dans leur propre sphère d’influence, au canal de Suez, n’interviendraient pas.

Le dimanche 4 novembre au petit matin, 200 000 soldats de l’armée soviétique, avec 2 000 chars, appuyés par l’aviation, dont des soldats recrutés en Asie centrale, envahirent la capitale et les principales villes industrielles. Nagy fut renversé et remplacé par János Kádár, revenu de Moscou avec les tanks russes.

Les ouvrierEs se retranchèrent dans les usines et la grève générale reprit le 5 novembre. Les conseils des usines de la capitale se regroupèrent le 14 novembre pour constituer le Conseil central ouvrier de Budapest. Mais vers le 15 novembre, la révolution était militairement vaincue. On comptait plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Le gouvernement de Kádár, appuyé par Moscou, attendit encore plusieurs semaines pour interdire les conseils ouvriers, dont les membres furent traqués et arrêtés.

La révolution fut écrasée par les chars soviétiques. Mais la brèche était ouverte. L’emprise de l’URSS sur les pays satellites d’Europe de l’Est, maintenue par la force, explosera avec la chute du mur. Malheureusement, l’espoir des insurgéEs hongroisEs d’en finir avec la dictature stalinienne sans tomber sous le joug capitaliste ne s’est pas réalisé.

Julie Piedra, commission nationale formation