Publié le Mardi 20 octobre 2026 à 15h04.

Soudan : l’élan révolutionnaire reste vivant

Alors que la guerre fait rage, les comités de résistance restent le principal vecteur de l’aide humanitaire et de la mobilisation des populations.

C’est un véritable tour de force que d’avoir réussi à maintenir les comités de résistance, structures d’auto-organisation des populations, malgré une guerre qui oppose depuis plus de trois ans les deux généraux, Burhan pour les Sudanese Armed Forces (SAF), et Hemedti pour les Rapid Support Forces (RSF).

Une force politique et solidaire

Apparus lors de la révolution qui a renversé Omar Al-Bashir en 2019, les comités de résistance ont pris une importance grandissante lorsque Burhan et Hemedti ont organisé le coup d’État du 25 octobre 2021 dans le but d’étouffer la révolution. Présents à travers le pays, ces comités ont organisé la riposte tout en développant des activités d’entraide sociale en faveur des populations. Au fil de la lutte et à l’issue d’un large débat, une charte pour le pouvoir populaire a été élaborée.

Quelques semaines après la diffusion de cette charte, les deux généraux putschistes se déchiraient, déclenchant un conflit au cours duquel des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été perpétrés par les deux camps.

Refusant de prendre part à ce conflit, les comités de résistance ont mis en place un réseau de salles d’urgence permettant de soigner les civilEs blesséEs, d’organiser l’évacuation des habitantEs des villes bombardées et de préparer des repas. Dans les zones où se déroulaient les combats, ils ont été les seuls à être en mesure de fournir une aide humanitaire.

La lutte continue

Dans les régions du Darfour et du Kordofan, sous le joug des RSF, une crise alimentaire sévit et, dans certaines localités, une famine s’installe. Cette situation est liée au blocage et/ou au détournement de l’aide alimentaire, ainsi qu’à la politique de spoliation des terres agricoles menée par des milices liées à Hemedti.

Dans les territoires contrôlés par les SAF, les populations sont confrontées à une crise sociale, notamment liée à la très forte dévaluation de la monnaie locale, la livre soudanaise. Avant la guerre, un dollar valait 600 livres ; il en vaut désormais 8 400. Cette dévaluation a des conséquences directes sur les prix des produits de première nécessité.

À l’appel des comités de résistance, les premières manifestations contre la vie chère ont eu lieu, notamment à Gédaref, une ville de l’est du pays. À Omdurman, ville proche de la capitale, Khartoum, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour exiger que les autorités prennent des mesures urgentes : contrôle des prix, déblocage de fonds pour importer des denrées alimentaires et remise en état des infrastructures permettant de fournir de l’eau potable et de l’électricité.

Ces mobilisations marquent le retour des comités de résistance sur la scène politique. Ils jouent de nouveau leur rôle d’épine dorsale de la mobilisation. Ni la guerre ni la répression menée par les SAF et les RSF n’auront réussi à faire taire ces structures.

Leur coordination permet de poursuivre les débats et de proposer une alternative pour l’avenir, exposée dans un document d’une trentaine de pages intitulé « Vision révolutionnaire pour l’arrêt de la guerre ».

Ce document s’articule autour de plusieurs axes, notamment le refus de l’impunité pour les auteurs de crimes, la dissolution des RSF et la réorganisation de l’armée sous le contrôle d’officiers limogés par Al-Bashir. Il préconise également l’utilisation des ressources financières détenues par les deux forces armées pour indemniser les populations, ainsi que la mise en place d’une transition civile et démocratique bannissant les discours de division entre les communautés.

Paul Martial