Le soulèvement de Soweto de 1976 a initié un regain de combativité et a contribué à ébranler l’apartheid en Afrique du Sud.
Abréviation de South Western Townships, Soweto est connu pour les émeutes de juin 1976, immortalisées par la photographie de Sam Nzima montrant un homme portant le corps d’un jeune garçon de 12 ans, Hector Pieterson, tué par la police. À ses côtés marche une jeune fille, sa sœur, le visage marqué par la douleur. Cette image est devenue le symbole d’une répression féroce exercée contre des manifestantEs pacifiques.
Éducation bantoue
Le déclencheur des manifestations fut une circulaire rendant obligatoire l’usage de l’afrikaans dans les écoles, une langue associée aux oppresseurs racistes. Mais au-delà de cette mesure, la jeunesse noire sud-africaine était confrontée à un système éducatif profondément inégalitaire. Le gouvernement consacrait 644 rands à chaque élève blanc, contre seulement 42 rands par élève noir.
Une telle inégalité n’était pas seulement justifiée par des considérations économiques. Le Dr Verwoerd, promoteur de l’éducation bantoue, expliquait sa politique en ces termes : « Les indigènes (Noirs) doivent apprendre dès leur plus jeune âge que l’égalité avec les Européens (Blancs) n’est pas pour eux. » L’éducation constituait ainsi un instrument destiné à renforcer l’apartheid.
Les quelques progrès constatés au fil des années dans la scolarisation des jeunes Noirs résultaient principalement des pressions exercées par les milieux patronaux, qui avaient besoin d’une main-d’œuvre plus qualifiée.
La révolte
Dans les lycées existait une organisation, les Student Christian Movements (SCMs), officiellement apolitique mais largement infiltrée par les militantEs du South African Students Movement (SASM), lié au mouvement de la Conscience noire. Ces dernierEs menèrent un important travail d’organisation et de sensibilisation.
Iels créèrent d’abord un Comité d’action, qui se transforma ensuite en Soweto Students’ Representative Council (SSRC). Ces militantEs jouèrent un rôle déterminant dans le déclenchement des mobilisations.
Des centaines de jeunes quittèrent les établissements scolaires pour converger vers une manifestation. Sans sommation, les forces de l’ordre ouvrirent le feu. De nombreux témoignages font état d’adolescentEs abattuEs alors qu’iels fuyaient.
La révolte de Soweto se propagea à travers tout le pays, entraînant la participation de larges secteurs de la population. Partout, le pouvoir répondit par une répression impitoyable. L’armée fut déployée et les forces de police n’hésitèrent pas à tirer sur les habitantEs des townships dans le but de semer la terreur.
Le basculement
Le soulèvement de Soweto marque un véritable tournant dans la lutte contre l’apartheid. Après le massacre de Sharpeville en 1960, les dirigeantEs des principales organisations nationalistes, l’ANC et le Pan Africanist Congress (PAC), avaient été emprisonnéEs ou contraintEs à l’exil. Le régime semblait alors inébranlable.
Pourtant, le pouvoir dut reculer en abandonnant sa réforme imposant l’usage de l’afrikaans dans les écoles. Surtout, une nouvelle génération de militantEs était née. Elle allait renforcer considérablement les organisations anti-apartheid, qu’elles soient syndicales ou politiques.
À l’échelle internationale, la brutalité du régime sud-africain suscita d’importantes mobilisations de solidarité qui contribuèrent à modifier le rapport de forces à l’intérieur du pays. Après les émeutes de Soweto, de plus en plus de Sud-AfricainEs étaient convaincuEs que l’apartheid n’était plus une fatalité et qu’il finirait par disparaître.