Les émeutes xénophobes s’intensifient. Elles sont nourries par la crise économique et sociale, mais aussi par les agissements des politiciens.
L’Afrique du Sud a connu de nombreuses explosions de violence contre les étrangerEs, dont certainEs vivent depuis des décennies dans le pays. Ces incidents xénophobes deviennent de plus en plus fréquents, et n’importe quel sujet, même le plus banal, peut mettre le feu aux poudres.
Une xénophobie récurrente…
C’est une tradition chez les Igbo, un peuple du sud-est du Nigeria : chaque communauté vivant à l’extérieur du pays choisit son roi. Ainsi, les Igbo de KuGompo (anciennement East London), dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, n’ont pas dérogé à la règle en intronisant Solomon Ogbonna Eziko. Sauf que cette cérémonie a déclenché des émeutes xénophobes.
Le chef traditionnel Xhanti Sigcawua a considéré que cette coutume constituait une insulte aux valeurs traditionnelles xhosas et portait atteinte à la souveraineté de l’Afrique du Sud. Il a appelé à la mobilisation. Rapidement, l’affaire a pris une tournure nationale et une manifestation devant le Haut-Commissariat du Nigeria à Pretoria a dégénéré en violences contre les NigérianEs, dont 26 ont dû être hospitaliséEs.
Des organisations extrémistes comme « Operation Dudula » mobilisent leurs adhérentEs, souvent issuEs des populations pauvres, pour harceler les petitEs commerçantEs étrangerEs et parfois piller leurs boutiques dans les quartiers populaires. « March and March », un autre groupe xénophobe, n’a pas hésité à organiser des descentes dans les hôpitaux pour empêcher les étrangerEs d’accéder aux soins, bénéficiant de la passivité des forces de l’ordre.
… organisée par les élites dirigeantes
Cette xénophobie envahit peu à peu l’espace politique. Des organisations comme ActionSA, regroupant des transfuges de l’ANC et du parti libéral Democratic Alliance, ou encore uMkhonto weSizwe Party (MK), dirigé par l’ex-président Jacob Zuma, n’hésitent pas à stigmatiser les ressortissantEs des autres pays africains.
De nombreux dirigeantEs de l’ANC ne sont pas en reste. Ainsi, l’ancienne ministre des Affaires étrangères Naledi Pandor déclarait : « De nombreuses personnes originaires du Nigeria se livrent au trafic de drogue dans notre pays et nuisent à notre jeunesse en leur facilitant l’accès aux drogues. »
Le maire ANC de Johannesburg, Dada Morero, cible les vendeurEs ambulantEs, dont la grande majorité est étrangère. Il s’en est aussi pris à l’Institut des droits socio-économiques (SERI), qui fournit des avocatEs bénévoles pour défendre les immigréEs, tandis que l’Opération Dudula organisait des manifestations contre le siège de cette association.
La pauvreté, les coupures incessantes d’électricité et le délabrement des services publics exaspèrent une population à qui les élites politiques et financières, responsables de l’état du pays, proposent comme boucs émissaires les immigréEs. Cela fonctionne d’autant plus que la gauche, fragmentée et faible, ne parvient pas à proposer une alternative de rupture audible.
Paul Martial