Publié le Mercredi 28 octobre 2026 à 06h00.

Afrique. Le droit à l’information bafoué

Gouvernements libéraux, dictatures militaires ou pouvoir de l’argent : chacun, à sa manière, restreint le droit à l’information sur le continent.

« La liberté de la presse n’a jamais été aussi malmenée. » C’est le constat du responsable du bureau Afrique de l’Ouest de Reporters sans frontières (RSF). Effectivement, les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de la moitié des pays du continent sont classés en situation difficile, et certains en situation très grave, comme le Rwanda, l’Éthiopie, Djibouti ou l’Érythrée.

Lois liberticides

Cette dégradation tient d’abord à la volonté politique des gouvernements, qui modifient les dispositifs législatifs ou réglementaires pour restreindre la liberté de l’information. À chaque fois, les mêmes arguments sont avancés : la sécurité nationale, la lutte contre la désinformation, voire la lutte contre le terrorisme.

L’exemple du Bénin, un pays longtemps considéré comme démocratique, est à cet égard révélateur. Élu en 2016, Patrice Talon, tout en menant une politique de libéralisation de l’économie, s’est attaché à réduire les libertés fondamentales, comme le droit de grève ou la liberté d’informer. En 2025, le gouvernement béninois a organisé l’enlèvement, en Côte d’Ivoire, de Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média d’investigation Olofofo.info. Accusé d’apologie du terrorisme, il est toujours en prison.

Situation de guerre

Dans les pays en guerre, il est pratiquement impossible d’informer librement. En République démocratique du Congo, dans la région des Kivu, envahie par une milice soutenue par le Rwanda, des journalistes ont été emprisonnés dans des conteneurs.

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, informer sur une attaque djihadiste contre l’armée en mentionnant le nombre de morts, ou relater des massacres commis par des militaires dans des villages, expose les journalistes à des disparitions, comme ce fut le cas pour Moussa Kaka, correspondant de RFI et directeur de la radio Saraounia. D’autres se retrouvent incorporés dans des milices supplétives de l’armée et envoyés au front, comme au Burkina Faso, qui vient d’adopter une loi prévoyant jusqu’à 30 ans de prison pour certains délits de presse.

Au Soudan, des dizaines de journalistes sont détenus, parmi lesquels Muammar Ibrahim. En Égypte, la Fédération internationale des journalistes a lancé une campagne pour obtenir la libération de six journalistes de la plateforme d’information Matsadaash.

La tentation de l’autocensure

La presse doit également faire face à un danger bien plus discret, mais tout aussi néfaste : le pouvoir de l’argent. Ce phénomène n’est pas propre à l’Afrique. Des hommes d’affaires ou des responsables politiques possèdent des médias dont le seul objectif est de servir leur agenda politique en propageant de fausses informations, au point de parvenir à saturer l’espace public.

Dans les pays africains démocratiques, la plupart des médias restent prisonniers du pouvoir de l’argent. Une ligne éditoriale, voire un simple article qui déplaît, peut entraîner la suppression de recettes publicitaires.

Ainsi, un média kényan qui avait publié un article révélant que la société Safaricom avait contribué à la surveillance des citoyens s’est vu retirer toutes les publicités de cette entreprise. Or, la plupart des médias étant financièrement fragiles, ce type de pression favorise l’autocensure.

Alors, une suggestion : plutôt que de financer en Afrique des mascarades électorales ou des missions d’observation des scrutins aussi coûteuses qu’inutiles, la France ou l’Union européenne pourraient plutôt soutenir la presse indépendante et contribuer à la défense des journalistes victimes de l’arbitraire.

Paul Martial