Publié le Mercredi 7 janvier 2026 à 11h00.

De pire empire – après l’agression américaine au Venezuela

L’intervention militaire des États-Unis au Venezuela marque une nouvelle escalade impérialiste aux conséquences dramatiques pour les classes populaires. Contre l’ingérence américaine, seule l’autodétermination du peuple vénézuélien peut ouvrir une issue émancipatrice.

Vendredi dernier, le président américain a organisé un coup d’État au Venezuela. Une intervention militaire, avec des bombardements, un bilan de 80 morts, l’arrestation et l’enlèvement du dictateur Maduro et de son épouse.

Une intervention impérialiste assumée

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis organisent des coups d’État en Amérique latine. Au cours du 20e siècle, la CIA en a organisé plusieurs, par exemple celui contre le président chilien Salvador Allende en 1973, qui a conduit à la prise du pouvoir par Pinochet. Il s’agissait toutefois d’interventions secrètes, destinées à masquer les intentions américaines. (Lire à ce sujet l’article de notre correspondant page 4.)

Cette fois-ci, Trump assume ouvertement ses actions et ses motivations. Ce sont les forces armées américaines qui interviennent ouvertement pour permettre aux États-Unis de diriger le Venezuela et aux entreprises américaines d’exploiter les réserves pétrolières du pays. 

La démocratisation du pays est à peine un élément discursif secondaire et, de toute façon, la démocratie ne peut jamais naître des bombes ni s’imposer sous les diktats de l’impérialisme américain. D’ailleurs, à ce jour, Trump semble se satisfaire de laisser le régime en place, à condition que Delcy Rodríguez, qui dirige désormais le pays, se soumette à ses exigences. Elle promet ainsi l’ouverture du secteur pétrolier aux majors américaines, tout en renforçant le contrôle militaire sur la population.

Ce n’est pas la première fois non plus que les États-Unis déclenchent une guerre pour le pétrole. La dernière en date, la deuxième guerre du Golfe, avait également été lancée sur la base de fausses justifications, notamment la prétendue existence d’armes de destruction massive en Irak. Mais la menace, même imaginaire, que pourrait représenter le trafic de drogues en provenance du Venezuela est si dérisoire que Trump n’a même pas réellement cherché à ­dissimuler ses véritables ­objectifs.

Le risque réel d’une fuite en avant

Avec l’intervention militaire au Venezuela, Trump tente de modifier la dynamique en Amérique latine, en particulier dans les Caraïbes. Il s’agit d’un retour à la doctrine Monroe, qui implique le contrôle politique, direct ou indirect, de la région par les États-Unis. Le régime de Maduro a été la première cible, mais les menaces pèsent aussi sur la Colombie, Cuba, le Groenland, et même le Canada. Les seuls pays qui ne sont pas aujourd’hui menacés sont ceux contrôlés par l’extrême droite, et Trump fera tout ce qu’il pourra pour que ses alliés restent au pouvoir. Peu importe qu’il s’agisse de régimes autoritaires, comme l’était effectivement celui de Maduro, ou de régimes démocratiques : ce qui compte, c’est l’alignement avec la politique américaine.

La surenchère impérialiste se combine ainsi avec une montée du fascisme dans la région et aux États-Unis. Le soutien à l’ancien président et putschiste brésilien Bolsonaro et à la « tronçonneuse » de Milei en Argentine s’articule à une politique de plus en plus autoritaire aux États-Unis, marquée par le non-respect flagrant des lois fédérales et par une répression croissante du mouvement social. Le pire de l’extrême droite commence à prendre la forme d’un empire néocolonial dans la région.

Solidarité avec le peuple vénézuélien

Cette intervention militaire et ce coup d’État constituent une très mauvaise nouvelle pour le peuple vénézuélien. Les classes populaires du pays ont déjà trop souffert des politiques répressives et autoritaires du régime Maduro, ainsi que de la crise économique aggravée par les sanctions imposées par le gouvernement américain.

L’intervention militaire et l’ingérence politique, économique et militaire directe des États-Unis ne feront qu’aggraver la situation. Le NPA-l’Anticapitaliste ne soutient pas le régime Maduro, mais le peuple vénézuélien et son droit à l’autodétermination. C’est au peuple vénézuélien de décider s’il doit emprisonner ou non Maduro, et non au ­gouvernement américain.

Nous exigeons donc le retrait total des troupes américaines du Venezuela et des Caraïbes, la fin de l’ingérence politique, militaire et économique, ainsi que la levée des sanctions. Nous nous inscrivons dans des cadres unitaires de solidarité avec le peuple vénézuélien, dans la perspective de construire un large mouvement anti-­impérialiste.

Martin Hache