Publié le Vendredi 6 novembre 2026 à 09h00.

États-Unis : 12 milliards de dollars vont-ils décider des résultats des élections de mi-mandat ?

Les élections de mi-mandat de cette année ont coûté 12 milliards de dollars aux deux grands partis : un record absolu. Les responsables politiques dépendent de cet argent pour gagner les élections. Les donateurEs achètent ainsi candidatEs et partis.

 

Cette année, le président Donald Trump et les Républicains ont levé plus de fonds que les Démocrates. Les deux partis en consacrent l’essentiel à la publicité à la télévision, sur le câble, les réseaux sociaux et Internet. Une partie finance les émissions d’influenceurEs sur Instagram, TikTok, YouTube et X, dont les commentaires touchent des millions de personnes.

 

Publicité et mensonges

La publicité joue un rôle majeur dans la formation des consciences politiques, que les démocrates défendent une couverture santé élargie ou les républicains des baisses d’impôts. Dans les campagnes serrées, les deux partis peuvent déformer les positions des candidatEs adverses, mais les républicains recourent plus souvent aux mensonges et aux déformations flagrantes.

Les républicains ont faussement qualifié de djihadiste et de terroriste le candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, le docteur Abdul El-Sayed, médecin et administrateur de santé publique. Trump et d’autres républicains ont qualifié d’« extrémiste radical » James Talarico, enseignant, séminariste presbytérien et candidat au Sénat au Texas, pourtant démocrate modéré. Les républicains ont aussi prétendu qu’il souffrait de troubles psychiques. Ils l’accusent également de soutenir des « opérations de réassignation sexuelle » pour les enfants financées par l’argent public : un mensonge républicain.

 

Les milliards des grandes fortunes

Si le Parti républicain a longtemps été perçu comme le parti des banques et du patronat, la haute finance et les entreprises ont généralement donné autant, voire davantage, aux démocrates. Ces derniers ont levé et dépensé plus d’argent que les républicains aux élections fédérales de 2020, 2022 et 2024. Hillary Clinton et Kamala Harris ont toutes deux levé plus de fonds que Trump, mais ont perdu quand même.

Aujourd’hui, les républicains lèvent davantage de fonds. Cette année, le milliardaire Elon Musk leur a donné 483 millions de dollars, plus que tout autre donateur. George Soros et Michael Bloomberg, deux des plus gros donateurs démocrates, ont versé respectivement environ 102 et 84 millions. L’essentiel des fonds va aux PAC, les comités d’action politique qui collectent pour les partis et publient leurs comptes et la liste de leurs donateurEs. Mais les super PAC acceptent aussi des « fonds opaques », de sources non divulguées.

Le profil des donateurEs évolue : les secteurs de l’intelligence artificielle, des cryptomonnaies et du jeu en ligne versent des dizaines de millions. Dans le même temps, les contributions syndicales sont devenues ­relativement négligeables.

 

Les petits dons, reflet de la colère

Les candidatEs lèvent et dépensent aussi leurs propres fonds. Sur ce terrain, les démocrates réussissent mieux que les républicains. C’est particulièrement visible dans les campagnes sénatoriales : alors que les démocrates devraient reprendre la Chambre des représentants, la bataille pour le Sénat reste serrée. Au Texas, par exemple, selon Politico, le démocrate James Talarico a levé 60,2 millions de dollars, contre 10,2 millions pour son adversaire républicain Ken Paxton.

Une grande part des fonds levés par les démocrates dans ces campagnes provient de petitEs donateurEs, qui versent moins de 200 dollars. Les campagnes démocrates pour la Chambre et le Sénat ont déclaré environ 574 millions de dollars de petits dons, contre 143 millions pour les républicains, selon les données fédérales rapportées par le Washington Post. Ce succès démocrate auprès des petitEs donateurEs, qui ne versent souvent que 5, 10 ou 20 dollars à unE candidatE, pourrait jouer un rôle clé dans ces élections.

L’avance démocrate dans les petits dons traduit la colère populaire croissante contre Trump et les républicains. Des ÉtatsunienNEs ordinaires de toutes les classes sociales, opposéEs à la guerre, aux droits de douane élevés, à la politique migratoire violente et à la corruption, se sentent pousséEs à donner quelques dollars pour les battre.

Nous saurons bientôt si l’argent a fait la différence et si les candidatEs appartiennent désormais à leurs donateurEs.

 

Retrouvez sur notre site dans quelques jours l’analyse de Dan La Botz, notre correspondant aux États-Unis, des résultats des élections de mi-mandat.